ELOGE DE MIRABAUD
Son premier état fut très-différent de celui d’homme de lettres ;il entra dans le service et se trouva à plusieurs batailles, entreautres à celle de Steinkerque , où il se comporta coiwe s’il avaitattendu de la profession des armes sa réputation e*a fortune.Mais le goût de la retraite et de l’étude que la nature lui avaitdonné, l’emporta bientôt sur toute autre passion ; ce goût sefortifia encore en lui par l’avantage qu’il eut de connaître danssa jeunesse le célèbre La Fontaine, dont le génie et la simplicitéétaient bien propres à faire aimer et respecter les lettres. Mi-rabaud conserva toujours pour la mémoire de cet homme incom-parable la plus touchante et la plus tendre vénération. Il en parlaitencore les larmes aux yeux dans les derniers temps de sa vie; ilne pouvait cacher son indignation contre les hommes, pluscruels, disait-il, que religieux , qui avaient troublé et tourmentéses derniers momens. Il ne pouvait concevoir que des ministresdu Dieu de clémence eussent traité cet homme , de mœurs sidouces , avec une dureté si peu conforme au véritable esprit duchristianisme , en le forçant d’expier , comme le plus atroce detous les crimes, quelques poésies, condamnables sans doute,mais qui étaient plutôt le fruit de la molle négligence de saplume, que de la dépravation de son cœur ; faute commisepresque sans dessein et à peine volontaire , dont le repentir seuldu bon homme (car jamais ce nom ne fut mieux mérité) eûtété une réparation suffisante aux yeux de la bonté suprême.
Mirabaud aima tellement les lettres, qu’il les cultiva très-long-temps pour elles-mêmes, sans se presser de faire part aupublic des richesses qu’il avait recueillies par l’étude la plus as-sidue et la plus éclairée. Il avait beaucoup lu, et encore plusmédité; il avait fait des extraits raisonnés de ses lectures; ilavait composé différens ouvrages sur des objets intéressans delittérature, d’histoire, de philosophie, et même, dit-on, surles matières les plus délicates et les plus importantes ; mais cetravail était pour lui seul , ou tout au plus pour quelques amis ,à qui même il n’en faisait part qu’avec une sorte de regret, etuniquement pour se prêter à leurs instances. On prétend qu’un
' Jean-Baptiste Mirabaud , secrétaire des conimandemens de son altesseroyale madame la duchesse d’Orle ! ans , ne à Paris en ifi-.’) ; reçu le 28 sep-tembre 1726, h la place de Jacques-Henri JYompar de Caumont, duc de LaForce; élu secrétaire perpétuel, le 19 novembre 1 2, h la place de Clande-
trançois-Hontteville; mort le juin t^lio.