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ou (Jeux de ses amis , si pourtant on doit leur donner ce nom,abusèrent de sa confiance, et qu’il vit paraître de son vivantquelques uns de ses ouvrages , condamnés par lui-même à l’obs-cunté philosophique. Mirabaud désavoua constamment ces en-fans cachés, dont il n’avait point, disait-il, à se reprocherl’existence ; soit que réellement il n’en fût point le pcre, car sonsecret n’a ^uuais été pleinement connu, soit qu’il se crût endevoir de i^pas reconnaître pour siennes des productions qu’iln’avait pas destinées à voir le jour.
Ses talensnefurentpas entièrement perdusdansletemps mêmeoù il cherchait à les cacher. Attaché de bonne heure à la maisond’Orléans , il a contribué, par sa conduite et par ses lumières, àconserver dans cette auguste maison le goût qu’elle a de touttemps marqué pour les lettres, et l’estime dont elle honore lesécrivains distingués et vertueux. Notre digne et respectable con-frère, M. de Foncemagne, est un exemple vivant 1 de cette es-time, que la voix publique a prévenue, et qu’elle lui assuredepuis si long-temps. Mirabaud fut chargé de l’éducation dedeux jeunes princesses , auxquelles il sut se rendre aussi agréablequ’utile; il cultiva , par ses leçons , les grâces de l’esprit qu’ellesavaient reçues de la nature , et recueillit la récompense la plusflatleuse-de son attachement et de ses soins , car ces deux aima-bles élèves n’ont jamais cessé, jusqu’à la fin de leur vie , de té-moigner à leur digne instituteur l’amitié , la confiance et, si onl’ose dire , le respect qu’il leur avait inspirés.
Ce fut dans le cours de cette éducation , et par une suite destravaux qu’elle exigeait de lui, que Mirabaud prit enfin le partide se montrer au public; il donna une traduction française dela Jérusalem délivrée du Tasse. Il fallait touL le mérite et del’ouvrage et du traducteur , pour faire goûter cette production.L’arrêt, plus dur quejuste , lancé contre le Tasse par Despréaux,avait prévenu contre ce poète la plus grande partie de la nationfrançaise, et même la plupart des gens de lettres , qui, ainsique le sévère satirique, ne sachant que très-imparfaiteinent lalangue italienne, ne jugeaient le chantre d’Armide que sur demauvaises traductions , uniquement propres à le défigurer et àl’avilir. La prévention était au point, que Michel Le Clerc,académicien trop connu par une épigraminede Racine 1 , ayantpublié une traduction du Tasse en vers français , et ayant vutomber cette traduction , profita de l’injustice du public à l’égardde son auteur, pour mettre à couvert son amour-propre. Il
1 Cet estimable et vertueux académicien vivait encore lorsqu’on écrivait cetarticle de M. de Mirabaud, au mois de septembre 1774*
1 Epigrammo sur Iphigénie.