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n’eut garde de s’en prendre à ses vers de son peu de succès , etn’accusa que son modèle. Il ne se reprocha pas d’avoir mal tra-duit le Tasse , mais de l’avoir traduit, persuadé que la censurede Despréaux, en proscrivant le poète italien , avait fait partagertrès-injustement le même anathème au traducteur.
Mirabaud rétablit le Tasse dans ses droits, en le montrant àla nation française dans un état au moins décent, oh il pouvaitêtre lu et même apprécié. On jugera avec raison que ce poëiue,inférieur sans doute pour les détails aux poèmes épiques ancien',consacrés par l’admiration de tous les siècles, avait peut-êtreaussi plus de marche, de mouvement et d’intérêt; qu’il avaitsurtout l’avantage de pouvoir être lu de suite dans une traduc-tion , non-seulement sans dégoût, mais avec un plaisir et unecuriosité soutenue, tandis qu’Homère et Virgile ont tant depeine à se faire lire dans toutes les versions qu’on en a faites ;parce que ces versions, en faisant disparaître les beautés inimi-tables du dessin et du coloris, ne laissent voir que les irrégu-larités de la composition et de l’ensemble. On rendit encore auTasse u ne autre justice ; on reconnut, ce que Despréaux avait enfinavoué lui-même , que cet auteur était un génie rare , sublime,étendu , né pour être poète, et grand poète; qu’il joint à l’ima-gination la plus brillante , la plus touchante sensibilité ; qu’il sait,suivant les sujets qu’il traite , employer également, et de la ma-nière la plus heureuse, la force, la noblesse et les grâces del’expression , et qu’à l’égard des défauts qu’on peut lui imputer,ces défauts étaient moins les siens, que ceux d’un siècle oh lasaine littérature et le bon goût commençaientà peine à renaître.D’ailleurs la plupart de ces défauts avaient disparu dans la tra-duction de Mirabaud , il retranchait, ou du moins voilait avecadresse les faux brillans tant reprochés à l’original ; il réduisaitau degré de parure convenable, les ornernens trop recherchés ;il supprimait enfin quelques longueurs qui rendaient l’actionfroide et traînante. Aussi cette traduction fut-elle lue avec avi-dité ; elle obtint le succès dont aurait pu se llatter le roman leplus agréable. Ceux qui ne pouvaient juger la Jvrusahm etl’ÉfK-'iVfe que dans les copies informes de ces deux poèmes,commirent une injustice opposée à celle de Despréaux; ils pré-férèrent le poète italien au poète latin , parce que la copie esti-mable du premier elfaçait à leurs yeux les détestables copies dusecond.
Cependant, malgré le suffrage public, ou plutôt à cause de cesuffrage même, l’auteur essuya plusieurs critiques, et obtintjusques aux honneurs de la satire. Les Italiens se plaignirent,comme d un attentat, des retranchemens que Mirabaud avait