Band 
Tome troisième.
Seite
528
JPEG-Download
 

5a8 ÉLOGE

faits à son auteur ; ils auraient eu bien plus réellement à seplaindre, s’il se fût piqué d’une exactitude scrupuleuse: car ilcroyait avoir, comme on vient de le dire , de très-bonnes rai-sons pour ne pas marcher servilement sur les pas de son ori-ginal ; et la liberté qu’il s’était donnée, avait pour but les inté-rêts de l’original même. On fit au traducteur d’autres chicanessur l’infidélité avec laquelle on l’accusait d’avoir rendu quelquesexpressions qu’on ne pouvait le soupçonner d’avoir voulu déguiserou affaiblir. C’était une femme d’esprit, Italienne de naissance,et auteur de profession , madame Riccoboni 1 , qui attaquait ainsiMirabaud, et qui l’attaquait avec toute l’aigreur des Scaliger etdes Saumaise. Mirabaud , incapable de prendre le même tonavec elle , se contenta de lui répondre, à la tête de la secondeédition de son ouvrage, le peu de mots qu’on va lire, vrai mo-dèle d’honnêteté et de modération philosophique , et qui, pourl’honneur des lettres, devrait avoir plus d’imitateurs. « Une» femme d’esprit, dit-il, s’est crue en droit de faire l’apologie» du goût de sa nation : elle m’a attaqué avec une chaleur à la-» quelle je n’avais pas donné lieu ; elle a emprunté, pour écrire» contre moi, la même plume dont Rossi s’était servi en 'écri-» vant contre le Tasse. Lorsque son ouvrage parut, je le lus» avec surprise , mais avec attention , et il m’a été utile. J’ai» corrigé, dans ma traduction , toutes les fautes qu’elle y a re-» levées, quand elles m’ont paru être effectivement des fautes.» Mon ouvrage en doit être meilleur : c’est un service qu’elle» a rendu au public aussi bien qu’à moi. Il serait seulement à» souhaiter que la manière dont elle in’a obligé lui eût mérité de» ma part un peu plus de reconnaissance. Elle assure queweet/e» traduction , toute défectueuse quelle est , na pas laissé, d'avoir» beaucoup de succès , il en faut conclure en faveur de l'excel-» lencede l’original. On n’ignore pas cependant quecetexcellent» original avait été déjà traduit plusieurs fois, sans qu’on rendit» aucune justice à son mérite; le lecteur en conclura peut-être» que j’ai eu le bonheur de faire cesser la prévention oh l’on» était contre le Tasse. »

La personne qui avait critiqué Mirabaud avec tant d’amer-tume , avait cru apparemment que son fiel ne suffirait pas pourle blesser ; car elle s’était aidée de celui d’un écrivain plus exercéà la satire, du fameux abbé Desfontaines , qui joignit des notes

■ Il ne faut pas la confondre avec madame Riccoboni, auteur de plusieursromans pleins de sentiment et d’intérêt, et qui, sans attaquer personne , s’estfait par scs talons et ses ouvrages, la réputation la plus distinguée.

'Voyez, dans l’article de l’abbé d’Olivct, quelques détails sur ce sati-rique.