DE MIRABAUD. 5ag
injurieuses à un texte déjà très-offensant. Cet homme, con-damne à vivre , comme il l’avouait lui-même 1 , du mal qu’ilfaisait ou qu’il tâchait de faire, attaqua la traduction du Tasseavec les armes'pesantes et grossières dont il était si sujet à faireusage. Mirabaud , qui avait cru devoir à madame Riccoboni unmot de réponse, fit à l’abbé Desfontaines celle qu’on devraittoujours faire aux satiriques de profession, le silence et le mépris.
Ou avait reproché au traducteur du Tasse de n’avoir pas misdans sa prose assez d’expressions poétiques. Il s’était justifié d’a-vance de ce reproche , en observant, dans sa préface, que lesexpressions poétiques faisaient un mauvais effet dans la prose,et avaient besoin d’être soutenues de la cadence et de l’harmoniedes vers. Sa réflexion n’était pas sans fondement; les expressionspoétiques étant hors du langage ordinaire, semblent avoir be-soin , pour être placées à leur avantage , d’être liées à une sortede rliythme et de mélodie régulière , qui leur soit uniquementdestinée, et qui leur serve comme de passe-port, en annonçai*que l’écrivain va parler une langue peu commune. Le mélangede ces expressions avec la prose, forme , comme l’a dit Voltaire,une espèce bâtarde , dont Mirabaud avait senti la bigarrure cho-quante. Il est pourtant vrai qu’on ne saurait se flatter de traduireun poète en s’interdisant le style ploétique ; le seul moyen detout concilier, serait de ne traduire les poètes qu’en vers; maisc’est urt moyen de conciliation dont le secret et l’usage ne sontréservés qu’à un petit nombre d’adeptes.
La traduction de la Jérusalem ouvrit l’Académie à Mirabaud;la compagnie crut devoir préférer le traducteur élégant, quienrichissait notre langue du génie d’un poète étranger, à despoètes indigènes et iudigens, qui n’auraient jamais l’honneurd’être traduits. Ils murmurèrent néanmoins beaucoup de cettepréférence, et prétendirent que la maison d’Orléaus avait pluscontribué que le Tasse au choix du nouvel académicien. Le pu-blic leur a répondu en lisant tous les jours Mirabaud, et en ne leslisant pas. Cependant une autre version du même poète, quiaparu tout récemment, et dont un écrivain très-célèbre a passéfaussement pour être le père , semble avoir un peu refroidi cememe public à l’égard de son aînée. La nouvelle traduction sembleavoir plus d’exactitude , de précision, et surtout de chaleur et demouvement, que l’ancienne ; mais celle de Mirabaud n’a pas perdutous ses partisans; nous pourrions citer des connaisseurs éclairéset severes qui la préfèrent encore à sa rivale, et qui trouventdans le premier traducteur plus de pureté, de naturel et de goût.
I* latte de l’espèce de vie qu’il avait redonnée au.Tasse, Mi-f^nyez, dans l’article de Public' d’Olivct, quelques details sur ce satirique,
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