Band 
Tome troisième.
Seite
531
JPEG-Download
 

DE MIRABAUD. 53i

que la place même; il de'clara qu’il ne se chargeait de cet em-ploi , qu’en renonçant au double droit de pre'sence dont avaientjoui ses trois prédécesseurs immédiats, et il s’expliqua si net-tement là-dessus, que l’Académie fut obligée de donner lesmains à un désintéressement si digne d’éloges. Il n’avait vouluque faire une action honnête, et n’en attendait rien que le plaisirde l’avoir faite ; cependant il en fut récompensé bien au-delà deses désirs , par les démarches que fit la compagnie pour lui ob-tenir un logement au Louvre , et une pension, qui furent at-tachés à la place de secrétaire. Ses successeurs , en se rappelantqu’ils lui sont redevables de cette grâce , se rappelleront avecbien plus d’intérêt le procédé noble qui la lui a méritée.

Après avoir, durant quelques années, exercé cette place , sonâge et ses infirmités l’obligèrent à s’en démettre. Duclos, qu’ilavait désiré pour successeur, et que l’Académie lui accorda,digne imitateur du désintéressement de son ami, ne voulut àson tour accepter le secrétariat qu’en conservant à Mirabaud lelogement et la pension dont il jouissait à si juste titre. L’Aca-démie vit avec attendrissement ce combat de ^nérosité entredeux de ses membres ; ils donnèrent, en cette occasion , aux gensde lettres, un exemple qui sera peut-être plus loué que suivi.Après plusieurs jours d’une contestation si respectable, Ducloseut l’honneur de l’emporter , et Mirabaud celui de ne faire cédersa délicatesse qu’aux instances de ses confrères. C’est dans celogement que notre académicien a fini ses jours avec la tranquil-lité d’un homme de bien et d’un sage; il conserva jusqu’audernier moment la sérénité de son âme et la netteté de ses lu-mières. Quelques momens avant d’expirer, il envoya faire sesadieux à l’Académie, qui reçut avec douleur ces dernières ex-pressions des sentimens qu’il avait toujours eus pour elle.

Nous n’ajouterons plus qu’un trait à son éloge. A un caractèrenaturellement doux, à une âme aussi droite que sensible, iljoignait une franchise peu commune, et une philosophie-pra-tique d’autant plus vraie, qu’elle était sans éclat et sans osten-tation ; les noms , les dignités, le crédit, l’opinion , rien ne luiimposait silence sur ce qu’il croyait raisonnable et juste. Il avaitbeaucoup connu et presque élevé un ministre (le comte d’Ar-genson ), auquel il eut quelque grâce à demander sur la fin deses jours , grâce qu’" n’appelait pas même ainsi, croyant avoirles droits les plus légitimes pour la réclamer. Le ministre lafaisant un peu trop attendre, Mirabaud alla le trouver à sonaudience, çt avec cette liberté naïve , que son âge , sa vertu etsa considération personnelle lui permettaient : Monsieur , luidit-il, je viens vous dire publiquement què je suis très-m< { conlent