532 ÉLOGE DE MIRABAUD.
de vous. Les protégés et les cliens du ministre, présens à cetteaudience, et peu accoutumés , non-seulement à tenir, mais àentendre un pareil langage, frémissaient de crainte pour celuiqui tenait ce discours. Le ministre, homme de beaucoup d’es-prit , et qui aimait Mirabaud et les lettres , convint de ses torts ,embrassa le respectable philosophe , et lui accorda sans délai cequ’il venait demander.
Il avait été quelque temps dans la congrégation de l’Oratoire;mais nous n’avons pu en savoir précisément l’époque ; ce futvraisemblablement pendant quelques unes des années qui s’é-coulèrent entre sa sortie du service et son entrée au Palais-Royal.Il fut attaché toute sa vie , par reconnaissance et par estime , àcette congrégation, quoique très-éloigné de prendre aucune partaux querelles théologiques dont elle a été si long-temps la mal-heureuse victime. On a prétendu même, quoique sans preuves,qu’il poussait plus loin son indifférence ; mais quand cette impu-tation aurait plus de fondement qu’elle ne paraît en avoir, lessentimens de Mirabaud pour ses anciens et estimables confrères,seraient un nouveau témoignage de ce que nous avons dit tantde fois, que celte philosophie, si calomniée de nos jours , n’estpas aussi ennemie de la vraie piété , qu’on affecte de le croireou de le dire ; qu’elle respecte la vertu dans tous les états et danstous les corps , et qu’elle ne fait la guerre qu’à l’hypocrisie in-trigante et au fanatisme persécuteur.
On a mis le nom de Mirabaud à la tête de l’ouvrage trop fa-meux , imprimé long-temps après sa mort, sous le titre deSystème de la Nature, et justement écrasé par tous les foudresde l’Eglise. Quelle apparence qu’un philosophe citoyen commelui ait voulu enlever au genre humain la croyance de la divinité,si nécessaire pour consoler ceux qui souffrent, et pour effrayerceux qui oppriment? quelle apparence même qu’un philosopheincrédule, mais éclairé et conséquent, n'eût pas senti que le vé-ritable intérêt des écrivains qui veulent enlever la religion auxhommes, est d’armer, s’il leur est possible , la puissance tempo-relle contre la puissance ecclésiastique, dont elle a eu si souventà se plaindre, et non pas, comme l’auteur du Système de laNature, de persuader aux rois que les prêtres sont le plus fermeappui de leur autorité, et par là d’exposer Jout à la fois l’incré-dulité à l’anathème et à l’échafaud? Mirabaud n’avait pas sansdoute le malheur d’être athée; mais s’il eût été irréligieux, s’ileût porté le zèle de l’impiété jusqu’à écrire en sa faveur, il au-rait mis dans ses ouvrages plus de circonspection et de sagesse,et n’eût pas fait de gaieté de cœur , à l’incrédulité, des ennemispuissans et implacables.