54o ' ÉLOGE
littérature déchiraient les ouvrages lorsqu’ils paraissaient sousson nom. Critiqué avec fureur quand il se montrait en personne,La Motte ne recevait plus que des louanges dès qu’on le soup-çonnait, bien ou mal à propos, de s’être caché derrière un autre;il était, comme nous l’avons déjà dit dans une autre occasion ’,1 auteur désigné , à tout hasard , de presque toutes les produc-tions approuvées, dont les auteurs, ou gardaient l’anonyme, ouse nommaient sans que le public voulût les en croire; contra-*diction plaisante , mais très-ordinaire à la haine, et dont ellese corrigera d’autant moins , qu’elle n’a pas l’esprit de s’enapercevoir.
L’oraison funèbre du maréchal de Yillars, appuyée d’un prixde poésie, que l’abbé Seguy avait remporté quelques annéesauparavant, lui ouvrit, en dépit de la critique , les portes de1 Académie Française. 11 y remplit assez long-temps avec exac-titude les devoirs d’académicien ; mais enfin , dégoûté dumonde , et presque de la société , il se retira , quelques annéesavant sa mort, dans la ville de Meaux , dont il était chanoine ;il y mourut en philosophe chrétien , qui avait honoré les lettrespar sa sage conduite, et qui souvent vexé par des satires in-justes , n’y avait jamais opposé que le silence. « Ce silence, dit» très-bien le duc de Nivernois 3 , n’était pas celui de la philo—
” Sophie, c’était le silence de l’humilité.Embarrassé de
» sa gloire, l’abbé Seguy semblait, par une connivence bien
» rare , se concerter avec ses détracteurs.Ainsi il parvint à
» triompher en partie d"e sa réputation ; mais tandis même qu’il» se flattait d’en avoir arrêté les progrès , elle recevait malgré» lui de nouveaux accroissemens. Si quelque fonction solen-» nelle demandait un orateur consommé dans l’art des Bossuet» et des Fléchier, tous les yeux se tournaient vers l’abbé Seguy,» et on le forçait à cueillir de nouveaux lauriers. Bientôt las de» combattre sa célébrité,'qu’il regardait comme un écueil pour» sa vertu, cet homme rare prit le parti de se soustraire à toute» occasion de succès. N’ayant pu se faire méconnaître, il voulut» se faire oublier, et il alla cacher pour jamais sa vie et sa» gloire dans une retraite, où fermant tout accès à la vanité ,» il ne porta pas même le souvenir de ses laleus. Nos regrets» l’y suivirent ; nos assemblées le réclamèrent plus d’une fois,» mais en vain , et nous respectâmes le motif de ses refus. »
Nous avons dit, il n’y a qu’un moment, que l’abbé Seguyavait remporté un prix de poésie à l’Academie t rançaise ; il ne
* Ployez l’article «le Jacques-Louis Valon, marquis de Mimcure.
’ Discours prononcé dans l’Académie Française, à la réception de M. leprince Louis de Rohan, successeur (1e l’abbé Seguy.