Band 
Tome troisième.
Seite
541
JPEG-Download
 

DE SEGUY. 54!

fut pas aussi heureux pour le prix d’éloquence , quoiqu’il eûtplusieurs fois concouru , et que l’éloquence parût être son genreplus que la poésie. Il eut, tant à Paris qu’à Toulouse et ailleurs,plusieurs prix de vers , et n’obtint jamais que des accessit pourle prix de discours ; ce qui fit dire à M. de Mairan , géomètreacadémicien, que l’abbé Seguy était Y asymptote 1 du prix d’élo-quence. On a remarqué à cette occasion, que plusieurs prédi-cateurs distingués avaient été couronnés à l’Académie commepoètes , et rarement comme orateurs ; que beaucoup de poètestrès-médiocres , pour ne rien dire de plus , entre autres le mal-heureux Gacon , ont remporté des prix de poésie , et qu’engénéral la prose des recueils académiques est supérieure auxvers qu’on y trouve. Quelle peut être la raison de ces singula-rités , soit réelles, soit apparentes ? serait-ce que ces prédicateurscélèbres , heureux dans la chaire , et malheureux dans l’arène ,avaient plus .le talent d’entraîner les suffrages par leur actionque par leurs écrits ? serait-ce qu’en voulant s’élever au-dessusd’eux-mêmes pour atteindre à la couronne académique , ilsétaient tombés au-dessous de leur valeur par les efforts mêmequ’ils avaient faits pour la surpasser ? serait-ce que l’orateur ,qui est en même temps poète, doit avoir , quand il versifie , ungrand avantage sur le poète qui n’est pas orateur ( 2 ) ?

NOTES.

(1) Quoique la philosophie ait osé se montrer de nos jours dans lespanégyriqués de S. Louis , quoiqu’elle ait seule fait le succès de quel-ques uns de ces panégyriques , elle ne s’y est pourtant encore laissévoir qu’avec une sorte de réserve qui, jusqu’ici , a été de la prudence,mais qui serait enfin de la pusillanimité, si elle craignait de lever latête à mesure que le siècle chemine et s’éclaire. Le seul moyen derendre à l'avenir le panégyrique de S. Louis vraiment intéressant etvraiment utile , ce serait de ne pas se borner à faire l'éloge de ce prince,qui sans doute était un grand homme , mais un grand homme ayantle malheur d’être roi dans un temps d’ignorance ; il serait digne d’unorateur chrétien , éloquent et éclairé, d’avouer les fautes et les faiblessesdu saint monarque en célébrant ses vertus et ses grandes actions’.

Que de réflexions piquantes , que d’instructions précieuses pour lespeuples et pour les rois, pourraient résulter de ce parallèle ! Un des

1 On appelle, en géométrie, asymptote , une ligne droite qui s’approchecontinuellement d’une ligne courbe , sans jamais la rencontrer.

’ f r oyez la note 10 sur l’éloge de l’abbé de Chnisy.