542 NOTES SUR L’ÉLOGE
orateurs qui ont le mieux réussi dans ce panégyrique, le fit imprimer,il y a quelques années , avec des notes , à la tète desquelles il avaitmis les lois pénales de S. Louis contre les hérétiques. Quelqu’un ditalors que ces notes étaient Xerrata du discours. On n’aurait dù se per-mettre de les imprimer qu’en appréciant, comme elles le méritaient,les lois dont il s’agissait, et en les opposant néanmoins aux lois bienplus cruelles encore de François I er . et de Henri II, pour le même ob-jet, quoique faites dans un siècle plus éclairé que le siècle de S. Louis.
C’est surtout un grand écueil pour les panégyristes de ce prince,que les deux funestes croisades qu’il eut le malheur d’entreprendre,Presque tous voudraient bien dire ce qu’ils en pensent, et les condamnerhautement, mais ils craignent d’ètre dénoncés et persécutés comme en-nemis du christianisme et de ses défenseurs. La plupart de nos zéla-teurs modernes de la religion , de ces hommes qui ia voient partoutoutragée ou combattue , sont si éclairés et si instruits , qu’ils ignorentque l’abbé Fleury, dont ils n’oseraient accuser ni la foi , ni les lumières,ni même le zèle , a fait, comme nous l’avons dit dans.son éloge , untrès-beau discours où il condamne sans détour les croisades , nommé-ment celles de S. Louis, et où il parle de ces prétendues guerres duSeigneur avec plus d’horreur et de mépris que ne pourrait faire lephilosophe le moins ardent pour la propagation de la foi. Je ne vois ,pour les prédicateurs qui voudraient excuser les croisades de S. Louis ,qu’une seule ressource, encore est-elle plus oratoire que solide ; j’avaisindiqué cette idée à plusieurs panégyristes de ce monarque ; je l’avaismême développée fort en détail à quelques uns d’eux : un seul, dontle discours n’est pas imprimé, en a tiré parti avec la plus grande élo-quence. Il condamne d’abord sans ménagement les croisades commeelles le méritent. Il avoue avec franchise , et même avec indignation ,que ces saints brigandages ont déshonoré la religion chrétienne, parles crimes atroces auxquels les croisés se sont bvrés sous les yeux mêmede ces infidèles qu’ils prétendaient convertir ; mais il ajoute que , plusles croisades avaient nui à l’honneur de l’Evangile , plus celle deS. Louis était devenue nécessaire pour le réparer , pour détromper lesinfidèles sur cette religion qu’ils calomniaient, pour leur en montrerl’esprit et le triomphe, non dans un roi victorieux et conquérant,mais dans un roi vraiment chrétien , souffrant, humilié, et toujourssoumis au Dieu qui l’envoie et qui l’éprouve. L’orateur montre , dansun tableau intéressant des malheurs de S. Louis, comment ce prince,par le spectacle édifiant de ses vertus , de son courage , de sa foi, desa patience et de sa mort, remplit les vues de la Providence poureffacer l’espèce d’opprobre dont le christianisme était couvert ; il ter-mine cette grande peinture en disant que la religion , une fois vengée ,fit enfin cesser ces guerres odieuses , et qu’il n’y eut plus de croisades/après S. Louis.
Comme ce moyen de justifier bien ou mal les croisades, a été em-ployé de la manière la plus heureuse par l’orateur dont on vient de