Band 
Tome troisième.
Seite
543
JPEG-Download
 

DE SEGUY. 543

parler , et que ceux qui emploieraient encore le même moyen ne pour-raient que s’exposer à des redites , on leur conseille , ou de passerdésormais cet objet sous silence , ou d’oser, en dépit de la calomnie etde l’envie, proscrire courageusement ce que le plus respectable des his-toriens de l’Eglise a si franchement condamné. Si on a l'imbécillité deles accuser de philosophie, qu’ils opposent à cette accusation le dis-cours de l’abbé Fleury pour toute réponse ; tant pis pour les supérieursecclésiastiques qui ne seraient pas satisfaits de cette justification, oumême qui auraient besoin qu’on s’en servît auprès d’eux. Croirait-onqu’il s'en est trouvé de nos jours , et des plus constitués en dignités , àqui cet excellent discours n’était pas connu , et qui ont paru étonnésquand on leur en a appris l’existence ? Leur surprise est du même genreque les clameurs dont tous les couvens de religieuses retentirent, ily a peu d’années , contre un écrivain célèbre qui, dans son Essai surl'Histoire générale , avait rapporté, quoique très - brièvement , lescrimes scandaleux de plusieurs souverains pontifes. On criait à la ca-lomnie et à l’impiété ; le fanatisme ignorant n’en savait pas davantage ,et peut-être n’est pas encore détrompé.

Revenons encore un moment au panégyrique de S. Louis , et auxdifficultés que doit y rencontrer l’orateur , relativement aux lumièresou aux idées de notre siècle. Si l’on voulait, par exemple , louer oujustifier ce pieux monarque des austérités qu’il pratiquait par l’avis deson confesseur, le panégyriste pourrait faire une assez heureuse ap-plication à S. Louis, de ce que Thomas , dans son Essai sur les éloges ,a si bien observé sur la vie dure que menait l’empereur Julien , sidifférent d’ailleurs de S. Louis à tous égards. « On dira peut-être que» cette rigide austérité est plutôt la vertu d’un cénobite que d’un» prince ; on se trompe. On ne pense point assez combien , dans celui» qui gouverne, une vie austère retranche de passions , de besoins ;» combien elle ajoute au temps, combien elle laisse au peuple , combien>> elle diminue les moyens de corruption et de faiblesse ; combien ,» par l’habitude de se vaincre , elle élève l’âme. » Cette réflexion aug-mente encore de prix, si l’orateur opposait en même temps la bienfai-sance du monarque pour ses peuples, à sa sévérité pour lui-même , etembellissait ce contraste de tous les ornemens oratoires que fournit unsi touchant parallèle.

( 2 ) Serait-ce par quelque raison d'antipathie entre la prose et lesvers, que les Despréaux, les Rousseau , les La Fontaine ont été demédiocres prosateurs, et que Voltaire est le seul de nos grands poètesdont la prose se lise avec autant de plaisir que ses vers ? Racine mêmeest pour le moins très-inégal dans sa prose. Son discours à la réceptionde Thomas Corneille, et ses deux lettres à Port-Royal, sont les seulsouvrages en ce genre qui soient dignes de lui.