ÉLOGE DE CRÉBILLON 1 .
Prosper Jolyot de Crébillox naquit à Dijon, le i 3 février 167 /j -La capitale de la Bourgogne , où il reçut le jour , s’honore d’a-voir vu naître un grand nombre d’hommes célèbres dans leslettres , parmi lesquels nous ne citerons que Bossuet, qui dis-pense de nommer ses autres compatriotes, comme il dispensede nommer les orateurs ses contemporains (i).
Le jeune Crébillon fit ses études chez les jésuites, qui ontété de même les premiers instituteurs de plusieurs écrivainsdistingués : nous ne rappellerons ici que les trois plus illus-tres, ce même Bossuet qu’ils voulurent acquérir et qui leuréchappa, le grand Corneille, qui les aima toujours, et Voltairequi les aima long - temps. On sait trop combien l’éducation ,telle qu’elle subsiste malheureusement parmi nous , est peupropre à former de grands hommes; elle le serait bien plus àétouffer le génie dès son berceau, si la nature qui, dans lescontrées sauvages, donne quelquefois la fécondité à la terre ,malgré la barbarie des habitans , n’avait pas aussi dans les es-prits du premier ordre une énergie supérieure aux plus mau-vaises leçons. On est convenu cependant, soit par égard, soitpar indulgence pour l’amour-propre des maîtres , de leur ac-corder quelque part dans la gloire que leurs disciples ont sumériter par eux-mêmes , et malgré l’éducation qu’ils ont reçue.En ce cas , la société des jésuites , quelque illustrée qu’elle soitpar les hommes célèbres qui lui ont appartenu, aurait encoreplus à se glorifier de ses élèves que de ses membres (2).
Une anecdote que l’abbé d’Olivet a souvent racontée, et qu’ilsavait d’original , nous apprend que Crébillon annonça dès lecollège les talens qui devaient lui faire un nom , et en mêmetemps l’amour qu’il a montré jusqu’à la fin de ses jours pourune vie indépendante et libre de toute espèce de contrainte. Lesjésuites ses maîtres, qui s’occupaient avec zèle, car c’est unejustice qu’il faut leur rendre, de l’éducation de la jeunesse con-fiée si long-temps à leurs soins, n’oubliaient pas dans cette édu-cation l’avantage de leur compagnie, toujours présent à leursjeux, espèce de sentiment patriotique dont nous n’aurons pasla dureté de leur faire un reproche. Dans cette vue, ils s’étu-diaient à bien connaître leurs disciples, pour en tirer tout le
' Keçu le aç septembre 1 ç- 3 1, à la place de Jean-François Lcriget de LaFaye; mort le 17 juin 170.1.