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étaient trop imbus de la vieille maxime qui proscrit impitoya-blement cher tant de familles le métier d 'hommes de lettres ,maxime qu’on peut appeler Yapophthegme étemel et banal depresque tous lesparens; ce n’est pas, si .on les en croit, avoirun état dans la société, et, comme ils le disent, être quelquechose, que de chercher à s’acquitter envers sa nation en l’é-clairant ou en l’honorant par ses ouvrages. Victime de ce grandprincipe, Crébiilon fit son droit à Paris , fut reçu avocat, dévoratout l’ennui du fatras des lois, et passa ensuite dans l’étude d’unprocureur pour y apprendre les élémens de la chicane, auxquelson croira facilement qu’il prit encore moins de goût. Il s’y dé-voua cependant, ou plutôt il s’y soumit, avec toute la docilitéqui peut accompagner une répugnance excessive. Il se dédom-mageait de cette fastidieuse occupation en allant souvent auxspectacles. Le goût très-vif qu’il prit pour cet amusement devintbientôt une passion violente ; et cette passion alla si loin , qu’ilne pût un jour la contenir en présence de son procureur même ,à qui jusqu’alors il avait caché soigneusement tout le plaisirdéfendu qu’il goûtait avec tant d’avidité. Le procureur , hommed’esprit, vit dans l’éloquence avec laquelle Crébiilon parlait deschefs-d’œuvre de la scène , le germe d’un talent fait pour brillerun jour sur le théâtre ; il osa conseiller à son élève de renoncerà la chicane, au barreau, à la magistrature même, de suivrel’impulsion de son génie, et de savoir désobéir à ses parens pourillustrer un jour le nom qu’ils portaient. .
A juger du caractère de Crébiilon par le genre de son esprit,plein de vigueur et d’une sorte d’audace, on croirait que, pourse livrer à son talent, il n’aurait pas eu besoin d’en être averti,ou du moins qu’il n’avait besoin que de l’être , comme Achillefut instruit de son sexe dès qu’on lui montra des armes. Maisles exhortations du procureur l’effrayèrent d’abord plus qu’ellesne l’encouragèrent. Plein d’admiration et de respect pour lesécrivains immortels qui ont donné tant d’éclat à la scène fran-çaise , et ne se croyant pas même destiné à les suivre de loin,il regardait cette ambition comme une espèce de sacrilège. Ainsicet homme, qui devait être un de nos premiers auteurs tragi-ques, modeste et timide corryne l’est toujours le génie effrayépar les grands modèles, n’osait entrer dans le sentier de la gloireoù iis l’invitaient à les suivre, tandis qu’une foule de jeunesprésomptueux que rien n’effraie dans ce sentier redoutable ,parce que rien ne les y appelle, s’y jettent avec une aveugleconfiance , et disparaissent bientôt pour jamais. A la fin pour-tant, le jeune Crébiilon , réveillé tous les jours par des conseilsdont la sincérité ne lui était pas suspecte, mais encore plus ex-