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Tome troisième.
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DE CRÉBILLON. 54?

cité par une voix intérieure et puissante à laquelle il résistaiten vain , hasarda une pièce qu’il lut aux comédiens. Le sort decet ouvrage lui lit croire d’abord que cette voix importune l’avaittrompé ; la pièce eut le malheur d’être rejetée par l’aréopage qu’ilavait pris pour juge. Il en conçut un chagrin qui rejaillit sur sonprocureur même; il le regarda presque comme un ennemi quilui avait conseillé de se déshonorer, jura de ne le plus croire, etde ne plus faire de vers de sa vie.

Les amans et les poètes oublient bientôt leurs sermens. Cré-billon se calma peu à peu, revint ou la nature le voulait, et fit latragédie d 'Jdoménée, qui eut assez de succès pour le consoler deson premier malheur (3). L’action néanmoins en était faible et lestyle négligé; une rivalité d’amour entre le père et le fils , assezmal imaginée dans un pareil sujet, donna beaucoup de prise à lacensure ; mais quelques beautés de détail firent excuser et le vicedu plan, et les défauts de l’exécution. Le cinquième acte futcependant assez mal reçu à la première représentation de lapièce. Aussi fécond que docile , le poète en fit un meilleur, quifut composé, appris et joué en cinq jours. Une facilité si singulièreannonçait et préparait de plus heureux efforts; aussi Crébillon,s’élançant de ce premier pas dans la carrière tragique , montrabientôt au public étonné le vaste chemin qu’il avait fait. Il sauta,si on peut parler ainsi, de la tragédie d'Jdoménée à celle d 'Atrêeet 'l'hjreste, qui laissa la première bien loin derrière elle (4). Lefond de l’intérêt dans cette dernière pièce n’est à la vérité guèreplus grand que dans Jdoménée; mais l’action y est plus atta-chante et plus vive ; le style , sans être beaucoup plus correct,a bien plus de couleur et de force ; et les beautés y sont plusfréquentes et plus marquées. Cette tragédie est même restéelong-temps au théâtre; mais la catastrophe pleine d’horreur quila termine, ce sang qu’Atrée veut faire boire à Thyeste, a tou-jours nui au plein succès de la pièce dans toutes ses remises ,comme elle y avait nui dans sa nouveauté. On pensera peut-être qu’elle serait plus heureuse aujourd’hui, depuis qu’on a vudans Gabrielle de Fergy une situation plus horrible encore at-tirer long-temps la foule. Mais sans prétendre ni justifier, nicombattre ce dernier succès, nous croyons qu 'Atrêe ne peutjamais en espérer un semblable (5). Dans la pièce de Crébillon,l’horreur du cinquième acte n’est absolument que dégoûtanteet sans intérêt; elle se fait sentir tout à coup, et presque sansêtre préparée , au moment où Atre'e présente à Thyeste le sangde son fils; et ce moment affreux, que rien ne répare et n’a-doucit, révolte avec raison le spectateur. Dans Gabrielle, l’hor-reur est affaiblie par l’intérêt qu’on prend aux deux amans , par