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Tome troisième.
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55o éloge

élégant de nos écrivains. Il exprima dans le rôle de Pliarasmanel’aversion du prince et la sienne propre pour la nation romaine,avec toute la vigueur d’une âme fière et indépendante , que ledespotisme et l’oppression révoltaient ; et les connaisseurs ju-gèrent que si Racine savait peindre l’amour, Crébillon savaitpeindre la haine.

Néanmoins, ce Rhadamiste qui venait d’obtenir du publicune faveur si distinguée, ne put même obtenir grâce du sévèreDespréaux qui vivait encore. Il s’exprima sur cette pièce- avecplus de dureté qu’il n’avait fait dans ses satires sur les produc-tions les plus méprisables à.ses yeux. J’ai trop vécu, s’écriait-il avec la plus'violente humeur; à quels Visigoths je laisse enproie la scène française ! Les Boyer et les Pradon, que nousavons tant bafoués, étaient des aigles auprès de ceux-ci. Lacomparaison était aussi injurieuse qu’injuste. Mais le mérite dela versification , le premier de tous aux yeux de Despréaux ,était, il faut l’avouer, le côté faible de la nouvelle tragédie.D’ailleurs, ce juge inexorable, encore plein du souvenir deshommes de génie avec lesquels il avait vécu , des Molière, desRacine et des Corneille , ne voyait qu’avec dédain leurs succes-seurs. La Motte n’était à ses yeux qu’un bel esprit sans talent,Rousseau qu’un versificateur sans idées, et Crébillon qu’un poètebarbare; le mérite de Fontenelle était perdu pour lui, et l’au-teur de la Henriade n’écrivait pas encore. Despréaux eût faitvolontiers à la génération littéraire naissante le même compli-ment que le vieux et impoli Nestor fait aux princes grecs dansl’Iliade : Je vous conseille de ni écouter, car j’ai fréquenté au-trefois des hommes qui valaient mieux que vous. Enfin , ce quiajoutait encore à l’inflexible rigueur de ses arrêts, le satiriqueétait alors accablé d’infirmités, et attaqué de la maladie dontil mourut peu de temps après; l’humeur que lui donnait sasituation rejaillissait sur les ouvrages qui avaient le malheur detomber entre ses malins ; on ne devait pas attendre de Des-préaux , vieux et malade , l’équité que Despréaux, jeune et pleinde santé, n’avait pas toujours eue pour les poètes ses confrères;et l’auteur à’Electre n’était pas fait pour être mieux traité quel’auteur d 'Armide. Crébillon s’en consola par l’enthousiasme quele public témoigna pour Rhadamiste , enthousiasme si consent,qu’il ne fut pas même affaibli par la lecture, si funeste à tantde succès éphémères. On fit deux.éditions de sa pièce en huitjours[; elle reçut les plus grands applaudissemens à Versailles ,qui pour cette fois fut d’accord avec Paris. Les amis de Cré-billon le pressèrent de se montrera la Cour, pour y jouir deson triomphe, et pour y recevoir les grâces que sou peu de l'or-