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Tome troisième.
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DE CRÉBILLON. 56i

et qui craignait apparemment pour ses honoraires. L’auteurmourant lui répondit par ce vers de Rhadamiste :

Ah ! doil-ou hériter de ceux qu’on assassine?

Pendant qu’il achevait ce Catilina si attendu, il en dit unjour une scène entière devant un jeune homme , qui lui en ré-péta sur-le-champ plusieurs tirades: Monsieur, luiditCrébillon,ne seriez-vous point le chartreux qui a fait mes pièces ? 11 riaitainsi tout le premier du bruit qu’avaient fait courir quelquesmauvais plaisans, qu’avaient daigné croire quelques imbéciles ,et même que des gens d’esprit n’étaient pas fâchés de répéter;car il faut bien laisser le moins qu’on peut les bons ouvrages àleurs auteurs; on prétendait que les tragédies de Crébillon avaientpour père uft chartreux, de si noires productions n’ayant punaître que dans la cellule d’un triste et morne solitaire; maisque le moine était mort en travaillant au Catilina, et que cettemort fatale avait entraîné la pièce dans la même tombe.

Dans les premières années où Crébillon se livra au théâtre, ildevint amoureux, et se maria sans l’aveu de ses parens. Sonpère était déjà très-irrité , comme le Baliveau de la Métromanie,de ce que le jeune homme avait préféré la gloire d’écrivain cé-lèbre à l’importance de magistrat médiocre. Mais son fils luiparut tout-à-fait déshonoré , lorsqu’il le vit entrer dans une fa-mille qui n’était ni opulente , ni noble , quoique d’ailleurs hon-nête et vertueuse; ilde'shérita ce fils ingrat et rebelle. Cependant,quelques années après, la réputation brillante dont Crébilloncommençait à jouir , parvint aux oreilles de ce père , jusqu’alorsinexorable ; l’amour-propre du vieillard se sentit flatté ; il com-mença à croire que son fils avait pris en effet un parti très-sage ; ille rétablit dans ses droits, et la vanité répara les torts de la nature.Crébillon , après la mort de son père, alla recueillir la successiontrès-modique qu’il lui avait laissée ; mais grâce à son incuriepour ses intérêts, les frais de justice dévorèrent une partie decette succession, et le système acheva le reste. Il trouva dessecours dans les bienfaits de quelques hommes opulens , dontl’amour-propre eut la prétention de l’enrichir ; mais bientôt ilsse lassèrent de combler de biens un homme qui ne voulait êtreni leur complaisant, ni leur protégé ; Crébillon redevint bientôtlibre et pauvre ; et quoique dans le temps de son opulence pas-sagère il eût aimé la dépense jusqu’aux superfluités et aux fan-taisies, il n’eut aucune peine à se plier au genre de vie qu’exi-geait sa nouvelle situation. Il passa sans effort, comme autrefoisAlcibiade , du luxe de la Perse à l’austérité d’un Spartiate ; etce qu’Alcibiade sans doute n’éprouvait pas, il se trouva encore

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