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Tome troisième.
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56 a ELOGE

plus heureux dans le second état, qu’il ne l'avait été dans lepremier.

Il avait laissé un fils que la mort vient d’enlever aux lettres ,et qui, comme son père, s’est rendu célèbre par ses écrits, maisdans un genre très-opposé (i/f) - Le père avait peintdu coloris leplus noir les crimes et la méchanceté des hommes ; le fils, dansdes romans pleins d’esprit, et dictés par une connaissance pro-fonde de tous les replis honteux du cœur humain, a tracé dupinceau le plus délicat et le plus vrai, les raffinemens, lesnuances , et jusques aux grâces de nos vices ; cette légèreté sé-duisante qui rend les Français ce qu’on appelle aimables, et cequi ne signifie pas dignes d’étre aimés ; cette activité inquiètequi leur fait éprouver l’ennui jusqu’au sein du plaisir même;cette pervçrsité de principes , déguisée et comme adoucie par lemasque des bienséances ; enfin, nos mœurs tout à la fois corrom-pues et frivoles , où l’excès de la dépravation se joint à l’excèsdu ridicule.

Crébillon mourut le 17 juin 1762, âgé de quatre-vingt-huitans, après une maladie à laquelle il résista long-temps par untempérament très-robuste ; car il conserva toute sa force jusqu’àla dernière vieillesse , malgré le peu de soin qu’il avait eu dela ménager , ou peut-être même à cause des rudes épreuves qu’illui avait fait subir. Le gouvernement, qui lui avait accordé uneprotection si éclatante , voulut un moment lui faire élever unmausolée 1 ; hommage qu’on n’avait rendu ni à Corneille , ni àRacine , encore moins à Molière , dont les mânes obtinrent àpeine, comme l’on sait, les honneurs funèbres, et n’en furentmême redevables qu’au grand roi qui avait fait jouer le Tartufe;auguste et digne protecteur du grand homme vivant, et dugrand homme qui n’était plus ! Le mausolée de Crébillon se ré-duisit au projet, la mort du poète ayant bientôt refroidi la cha-leur factice et passagère que sa vieillesse avait vue naître (i 5 ). Sijamais le projet se réalise , l’Académie verra ce monument avecintérêt, et comme consacré à la mémoire d’un de ses plus illustresmembres , et comme le précurseur indubitable d’un autre mo-nument, plus précieux encore pour elle, que déjà les étrangers

' Quelques personnes ayant paru clouter de ce fait, nous leur répondronspar Ja lettre suivante, dont nous avons sous les yeux l’original, «t qui futécrite h Crébillon fils après la mort de son père, par le directeur général desbâlirnens. « Le roi vient d’accorder, monsieur, !t la mémoire de feu M. de» Crébillon votre père, une marque bien signalée du cas que sa majesté a fait» des rares talens de ce grand homme; elle m’a ordonné de faire faire un» tombeau dans l’église où il a été inhumé, qui transmette U la postérité la plus» recuire l’estime particulière dont l’honorait son roi. Je vous apprends avec» plaisir ce glorieux événement qui va lui donner nnc nouvelle vie.