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Tome troisième.
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564 ÉLOGE

différensque supérieurement tracés. Quoi qu’il en soit, ce défautréel ou prétendu de Racine, n’est celui ni de Corneille, ni del’auteur de Z,aire, ; aucune des tragédies de ces deux grandshommes n’a cet air de famille qu’il est si difficile à un auteurd’éviter dans ses productions. Au contraire , les tragédies deCrébillon, déjà semblables entre elles par le genre du coloris,le sont encore par les moyens que l’auteur emploie pour produiredes situations théâtrales ; les reconnaissances surtout sont un deceux dont il fait le plus fréquent usage ; mais rendons-Iui dumoins la justice d’avouer qu’il en a fait l’usage le plus heureux;la reconnaissance à’Atrée, celle d ’Electre, et surtout celle deRhadamiste, sont du plus grand effet au théâtre, et en mêmetemps aussi différentes entre elles que des reconnaissances peu-vent l’être. La multiplication de ce ressort dramatique dans lestragédies de Crébillon, et en même temps la manière supérieuredont il l’a mis en œuvre , et les succès constans qu’il en a re-cueillis, ont presque absolument frustré d’une si grande ressourceles poètes ses successeurs, dont la stérilité aurait été trop heu-reuse d’y avoir recours, par la facilité que ce moyen leur pré-sente pour produire quelques effets momentanés. Concluons deces observations, que si Crébillon est quelquefois noir jusqu àl’horreur , il n’est pas du moins ce que tant d’autres ont été de-puis , noir et froid; dernier degré de la médiocrité dramatique,et la plus triste preuve qu’un poète tragique puisse donner de lanullité de talent la plus incurable. On peut comparer les mal-heureuses productions de cette espèce à ces jours affligeons del’hiver , où un brouillard épais , joint à une gelée pénétrante ,semble à la fois engourdir et contrister tous les êtres vivans. Lespièces de Crébillon ressemblent au contraire à ces paysages d’unehorreur majestueuse , entremêlés de torrens et de rochers, oùla nature présentant un front terrible, nous occupe de penséestristes mais grandes, dont le voyageur préféré l’impression viveet profonde à l’insipide spectacle d’un paysage orné , mais mo-notone. Tel est l’effet que les tragédies de Crébillon produisent,et qui n’est point détruit par les défauts reprochés à ses pièces,un amour quelquefois languissant et bourgeois , une expositionsouvent froide et embrouillée , une marche compliquée et traî-nante dans les premiers actes : défauts qui déparent aussi quel-ques unes des belles pièces de Corneille , et qui pourtant ne l’em-pêcheront pas d’être immortel. Mais il est de plus un autre objetà considérer dans les pièces de théâtre, pour fixer à tous égardsle jugement qu’on en doit porter; la critique, après les avoirjugées à la représentation, doit encore en apprécier le style:car c’est par le style seul qu'un poète , applaudi au spectacle,