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Tome troisième.
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565
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DE CRÉBILLON. 565

réussit encore à la lecture ; et c’est pour avoir trop négligé cetavantage que tant d’écrivains dramatiques n’ont eu qu’uue exis-tence précaire et fugitive. Racine est à cet égard le modèle detous les auteurs tragiques, par le charme de son coloris et de sonharmonie ; par une correction sévère qui ne fait rien perdre àla versification de son aimable facilité; par le mérite de la dif-ficulté toujours vaincue , et dont la trace ne s’aperçoit jamais ;par une propriété d’expression , qu’on croirait réservée à l’exac-titude de la prose ; enfin par cette élégance continue, qui nelaisse voir ni enflure , ni négligence. La place que nous donnonsici à cet inimitable écrivain, est celle que Voltaire même lui atant de fois assignée. Nous ajouterons qu’il la lui dispute souvent,par l’éclat et la richesse de son pinceau ; par une sensibilité , quisans être celle de Racine, est aussi vraie, et quelquefois pluspénétrante; par cette philosophie pleiue d’âme et d’intérêt, qu’ila le premier fait paraître sur la scène avec tant d’avantage, etqu’il y fait parler avec tant d’éloquence ; enfin par une poésiequi semble toujours couler de source , et qui n’aurait besoin qued’être partout également soignée, pour obtenir ou partager leprix de la versification dramatique. Corneille, si admirable parles traits sublimes de ses pièces, par ces vers de génie qui éton-naient Racine lui-même, supérieur peut-être à tout quand il estvraiment Corneille, ne l’est pas toujours, même dans ses bonsouvrages , et l’est trop peu dans les autres ; il tombe et se pré-cipite dès que le dieu qui l’inspire semble se reposer et l’aban-donner. Crébillon n’a guère que des vers heureux , mais des versqu’on retient malgré soi , des vers d’u» caractère aussi fierqu’original, des vers enfin qui u’appartiennentqu’àlui, et dont l’â-preté mâle exprime , pour ainsi dire , la physionomie de l’auteur.Si les détails de la versification ne souffrent pas chez lui l’examenrigoureux , si la lecture de ses pièces est raboteuse et pénible ,l’énergie de ses caractères, et le coloris vigoureux de ses ta-bleaux, produiront toujours un grand effet au théâtre, oh sonsiècle semble lui avoir donné une place que la postérité lui con-servera , et oh il sera toujours nommé parmi nos meilleurs poètestragiques. Assurons-lui donc cette place honorable, en avouantqu il en est encore de plus élevées; et, appliquons ici les beauxvers d’Horace sur la supériorité d’Homère , qui n’a point fait ou-blier les autres grands poètes :

on si priores Mœonius tenetSedes Homerus, Pindaricca latent,

Ceœque, et Alcœi minaces,

Atesichorique graves Camecnœ.

Nous demanderons, en faveur de ceux qui n’entendraient pas