DE CRÉBILLON. 56 7
aux dépens de Racine, dont le jansénisme leur déplaisait, et les rendaitpeu favorables aux beautés de ses pièces. Voltaire eut long-temps à selouer d’eux ; et durant tout ce temps, leur donna des témoignages pu-blics et multipliés de sa reconnaissance. Us eurent enfin, par cette fata-lité qui les poursuivait dans les dernières années de leur trop long règne,le malheur ou la sottise d’attaquer dans leur journal de Trévoux et ail-leurs , cet homme célèbre, et de l’attaquer, non-seulement comme écri-vain , mais ce qui était plus propre à lui nuire, comme ennemi de lareligion et de l’Etat. Ce procédé fit taire à l'instant toute la reconnais-sance de leur ancien disciple, qui se vengea de ses anciens maîtres, de-venus ses ennemis, par des épigrammes en vers et en prose, telles qu’illes savait faire. Les! jésuites les plus sages en gémissaient, et auraientbien voulu assoupir cette querelle, très-fâcheuse pour leur société ; maisla guerre était trop engagée, pour que les combattans reculassent ; etcette société , détruite bientôt après , se vit privée , dans son désastre ,d’un défenseur, dont la voix aurait pu la protéger, mais dont lestraits qu’elle avait maladroitement provoqués , contribuèrent peut-être à précipiter sa ruine.
(3) On prétend que le redoutable Despréaux , dont nous avons rap-porté le jugement sévère sur Rhadamiste , peu favorable à Crébillondès son premier essai, et choqué sans doute de cet amour d 'Idoménée,si déplacé dans un sujet si atroce, disait que la pièce était l’ouvragede Racine ivre. A travers la dureté de cet arrêt, et l’humeur qui l'a-vait dicté , on entrevoit, ce me semble , que le jeune poète ne parais-sait pas tout-à-fait méprisable à son sévère critique. Il n’est pas donnéà tous les faiseurs de tragédies de mériter , par leur premier essai,d’être comparés à un si grand homme , supposé même dans le délirede l’ivresse. Mais cette comparaison , d’ailleurs sans justesse et sansvérité, n’était absolument qu’une épigramme insultante , dont nousavons peine à croire , par cette raison, que Despréaux ait été coupable.Nous aimerions mieux l’attribuer à quelqu’un de ces ineptes critiques ,dont la littérature a été de tout temps infectée. Il y a si peu de rap-port entre Crébillon et Racine, que l’ivresse même de ce dernier nepourrait être comparée au délire de l’autre. C’était plutôt à Sophocleivre qu’il eût fallu comparer Crébillon , puisqu’on voulait absolumentlui dire une injure. La critique, il est vrai, aurait été trop dure encore,mais elle n’aurait pas été ridicule.
Un enthousiaste moderne de Crébillon compare ce poète , préludantpar Idoménée à ses autres tragédies , avec Hercule s’exerçant, dans sonenfance , a combattre des lions. Quelque estime que nous ayons pour1 auteur de Rhadamiste et d’ Electre , nous ne pouvons convenir que lestravaux de 1 Alcide moderne soient comparables ij ceux de l'ancien parleur lorce et par leur nombre.
On affaiblit toujours tout cc qu’on exagère,
a dit très-bien La Harpe.