5 7 o NOTES SUR L’ÉLOGE
surtout avec admiration du roman de Cléopâtre , qu’on ne lit plus guèreaujourd’hui, mais qu’on loue encore, au moins par tradition. Des-préaux , qui avait presque toujours raison , même lorsqu’il était d’unavis opposé à tout son siècle, a , ce me semble , bien apprécié ce romandans son Art Poétique , par ce seul vers :
CaJprenéde et Juba parlent du même ton.
Ce défaut de vérité dans les personnages et dans leurs discours , lamonotonie des descriptions , la multiplicité des incidens , qui refroiditnécessairement l’intérêt, tout cela fait croire que le roman de Cléopâtre ,très-estimable d’ailleurs à bien des égards, aurait peu de succès aujour-d’hui , s’il paraissait pour la première fois.
On prétend que Crébillon avait tiré le sujet de Rhadamiste et Zéno-bie d’un de ces anciens romans , intitulé Bérénice , bien moins lu etbien moins estimé que Cléopâtre. Nous aimons mieux croire cette anec-dote , que de la vérifier ; mais fût-elle vraie , Crébillon aurait encore letrès-grand et très-rare mérite d’avoir su tirer d’un mauvais ouvrage uneexcellente tragédie.
(9) La personne très-accréditéc à la cour, et jouissant auprès du feuroi de la faveur la plus intime , qui avait pressé Crébillon de finir sonCatilina , honora cette tragédie de la protection la plus puissante , etfit tous les frais de la représentation. Crébillon , par reconnaissance,supprima ces vers que le grand-prêtre disait à Fulvie, et dont la méchan-ceté aurait pu faire une odieuse application.
Non, vous n'aimcz jamais; votre cœur insolentTend bien moins à l’amour qu’à subjuguer l’amant;
Qu’on vous laisse régner, tout vous paraîtra juste,
F,t vous mépriseriez l’amant le plus auguste,
S’il ne sacrifiait au pouvoir de vos yeuxLa justice, les lois, sa patrie et ses dieux.
(10) Une injustice vraiment ridicule de ces aveugles partisans queCrébillon n’avait pas cherchés , c’est le crime qu’ils ont fait à son il-lustre concurrent, d’avoir traité les mêmes sujets que lui. Us ont appeléperfidie et trahison une entreprise légitimement autorisée par le droitde la défense naturelle. Si l’auteur de la nouvelle Sémiramis , du nou-veau Catilina et du nouvel Oreste , a couvert de quelques nuages lavieille gloire de Crébillon , c’est par un moyen qui 11’a rien en soi d’o-dieux , ni même de répréhensible; par un moyen qui contribue à en-richir également et la scène et la littérature, et que les grands poètesde la Grèce avaient déjà employé en luttant les uns contre les autres ;par un moyen enfin que les amis de Crébillon reprochaient d’autantplus injustement à son antagoniste, qu’ils devaient en aceuser unique-ment la maladroite impétuosité' de leur zèle.
La cour, qui avait donné à Crébillon tant de marques de laveur, ymit le comble, en faisant imprimer magnifiquement au Louvre le re-