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Tome troisième.
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DE CRÉBILLON. 5 ^i

cueil de ses tragédies. L’auteur de Zaïre parut, non pas jaloux de cettedistinction, mais affligé de ce qu’il ne la partageait pas avec l’auteur deRhadamiste. « Consolez-vous, lui dit quelqu’un, cette magnifique» édition restera chez le libraire ; et une édition nouvelle de vos tra-» gédies, imprimée en mauvais caractères et en mauvais papier, sera» enlevée dans six mois. » Cette prédiction s’est trouvée vraie. Les édi-tions de Voltaire se sont succédées rapidement, et la superbe édition deCrébillon au Louvre , paraît avoir eu peu de cours ; le public ne jugeapas à propos d'acheter si chèrement des ouvrages qu’il pouvait se pro-curer à moins de frais , et qui, moins propres à l’examen paisible ducabinet qu'à l’illusion du théâtre , étaient plus faits pour être joués quepour être lus ; il ne refusait pourtant pas de rendre justice aux détailsestimables qui s’y trouvent, mais il ne voulait pas que cette lecture futpour lui plus dispendieuse que la représentation.

(11) Non-seulement les prétentions de la rivalité nuisent à l’équitédes jugemens que les hommes à talens peuvent porter les uns desautres, mais on peut dire que les artistes , lorsqu’ils sont de sang-froidet sans intérêt, ne sont pas toujours , et sans exception, les meilleursjuges d’un ouvrage. Quand tous les peintres trouveraient les partiesles plus difficiles de l’art supérieurement exécutées dans un ta-bleau , si le commun des spectateurs le voit sans plaisir , tant pis poul-ie tableau. Il est dans les arts de goût, des beautés d’expression donttous les hommes sont juges nés , et ces beautés ne sont pas toujourscelles auxquelles le pur artiste est le plus sensible. Les beautés d’expres-sion sont l’ouvrage de la nature, les autres sont le fruit du travail ; etl’artiste , ainsi que les autres hommes , estime les choses ce qu’elles luicoûtent. Mille musiciens sont beaucoup plus touchés de l'harmonie quedu chant ; les virtuoses applaudissent au concert spirituel un violon quijoue aveo supériorité sur la chanterelle , et le public est tout prêt à lesiffler.

Il n’en est pas moins vrai , qu’en général les artistes sont les jugesnaturels des arts, comme les gens de loi sont les juges naturels desprocès , quand ils ne sont ni aveuglés par la partialité , ni égarés par lasubtilité et les tours de force de la chicane. Ce qu’on peut surtout as-surer sans restriction, c’est qu’un artiste mort est toujours mieux jugépar ses pairs que par d’autres .

(12) Le premier discours de remercîmcns prononcé par un académi-cien à sa réception , est celui de Palm , qui entra dans la compagnieen 1640. Elle fut si satisfaite de ce discours , qu’elle fit désormais uneloi à tout nouvel académicien d’en prononcer un semblable. Ces re-mercîmens se faisaient d’abord à huis clos , et, si l’on en croit des dé-tracteurs amers , auraient peut-être bien fait de se tenir toujours danscette modeste obscurité. Ce n’est que depuis 1671 ‘ que les réceptionsont été publiques.

1 y oyee l’article de Charles Perrault.