DE CRÉBILLON. 5}3
qui sont même indignes de l’auteur. On peut ajouter que dans les meil-leurs romans de cet écrivain , le style prête, beaucoup à la censure, etque le dessin y est bien préférable au coloris.
Le peu de succès des romans que Crébillon le fils mit au jour dansses dernières années, et qu’il croyait pour le moins égaux à ses pre-miers ouvrages, lui donna de l’humeur contre cette philosophie , qu’onaccuse aujourd’hui de tout. Les amis de l’auteur auraient dû lui repré-senter que la philosophie n’était nullement coupable de la disgrâce dontil se plaignait, et que dans ses derniers romans il n’avait fait que ré-péter et affaiblir les tableaux qui avaient plu dans les premiers ; répé-tition d’autant plus fastidieuse, que ces premiers romans eux-mêmesavaient le défaut de ne peindre souvent que des moeurs locales et pas-sagères ; aussi le temps de la première faveur une fois passé, on les re-lisait peu , même en ne lisant point du tout les mauvaises copies quel’auteur en avait redonnées : mais Crébillon le fils, qui, de son vivant,avait vu baisser sa réputation, aimait mieux s’en prendre au mauvaisgoût des gens de lettres, que d’en accuser le sien.
(i5) Les comédiens donnèrent aux mânes de Crébillon un témoi-gnage public et distingué de leur reconnaissance. Ils lui firent faire,dans l’église de Saint-Jean-de-Latran, un service solennel, où ils assis-tèrent tous avec la décence la plus respectueuse. Toutes les académies,les gens de lettres les plus distingués , un grand nombre de personnesdu plus haut rang , furent invités à cette cérémonie , et l'assemblée futaussi brillante que nombreuse. Ces malheureux comédiens , excommu-niés de leur paroisse, avaient choisi une église placée dans un lieuprivilégié , pour y rendre , à l’abri des anathèmes , les derniers devoirsà la mémoire de leur illustre bienfaiteur. Le curé , qui avait eu l’impru-dence de les recevoir , eut bientôt lieu de s’en repentir ; les supérieursecclésiastiques crièrent au scandale, et peu s’en fallut qu’ils ne fissentrevivre l’ancien appareil de la pénitence publique , pour y soumettre leprofanateur.
Le mausolée que le gouvernement voulut faire élever à Crébillon ,ne fut point exécuté. Cet hommage n’aurait eu le mérite , ni de flattercelui qui en était l’objet, ni de mortifier, comme on l’aurait peut-êtrevoulu, l’auteur de Zaïre, qui pouvait en espérer un semblable, maisqui n’était pas pressé de l’obtenir.
Nous devons apprendre ou rappeler au public, car il faut faire hon-neur à qui il appartient, que ce mausolée de Crébillon avait été sollicitéa la cour par celui qui était alors directeur-général des bâtimens , frèrede la protectrice déclarée de cet illustre poète tragique. C'est de quoion sera convaincu par la lettre que ce directeur adressa à Crébillon lefils , et dans laquelle on doit faire grâce au style en faveur de l'objet.
Fontainebleau, le a8 octobre Ij6a.
« Je demanderai ati roi, monsieur, avec bien de l’empressement,» que sa majesté veuille bien m’autoriser de faire faire pour feu M. de