574 NOTES SUR L’ÉLOGE
» Crébillon , un tombeau par l’un de nos célèbres artistes , afin de» transmettre à la postérité la haute estime dont sa majesté a honoré» ses rares talens. Je serai d’autant plus aise, si elle m’y autorise,» qu’en remplissant vos désirs , je donnerai en même temps un témoi-» gnage de mes sentimens sur sa célébrité , et une preuve de la sincère» amitié que je lui avais vouée. J’ai l’honneur, etc. »
On peut voir encore par la lettre suivante, que le projet du mausoléeabandonné ou négligé par ses auteurs , fut changé, quelques annéesaprès , en un autre, qui n’a pas eu plus d’exécution.
Versailles, le 16 janvier 1765.
« Depuis les premiers ordres, monsieur, que le roi a donnés pour» faire ériger à feu M. votre père un monument qui fut un témoignage» éclatant de la protection dont sa majesté honore les hommes cé-» lèbres , elle a considéré que le temple des Muses était le lieu le plus» convenable pour conserver la mémoire de leurs plus chers favoris ,» et elle a ordonné en conséquence que le monument destiné à per-» pétuer la gloire de feu M. de Crébillon, serait placé dans la biblio-» thèque du roi, à Paris. Je ne perds pas un instant à vous annoncer» cette nouvelle destination, et j’aurai toujours le même empressement» pour tout ce qui pourra vous être agréable. J’ai l’honneur, etc. »
Nous avons parlé du caractère original donné par Crébillon à plu-sieurs de ses vers. On peut remarquer, par exemple, comme un de cesvers uniquement propres à l’auteur, celui de Catilina , que tout lemonde a retenu, et dans lequel l'abdication de Sylla est peinte avecune énergie si singulière et si heureuse :
Abdique insolemment le pouvoir souverain.
Ce vers n’a certainement ni la physionomie de Racine, ni celle deVoltaire , ni celle même de Corneille, mais celle de Crébillon, dont onpeut dire qu’il était le cachet. Tels sont encore ces deux vers si connusde Rhadamiste :
La nature, marâtre en ces affreux climats ,
Ne produit, au lieu d’or, que du fer, des soldats;
et plusieurs autres que nous pourrions citer, et qui, si nous pouvonsparler ainsi, ressemblent uniquement à Crébillon. Les vers qu’on vaciter de la même pièce , ressemblent plus à Corneille. Pharasmanc, quivient de tuer Rhadamiste son fils sans le connaître, dit en frémissant :
D’où vient que je frisonne, et quel est donc mon crime?
Mc serais-je mépris au choix de la victime? ,
Ou le sang des Romains est-il si précieux,
Qu’on n’en puisse verser sans offenser les Dieux?
Nous y joindrons ce que Rhadamiste mourant dit à son père , sur l’ar-deur avec laquelle ce père malheureux l’a cherché dans la mêlée pour le