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Tome troisième.
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5;6 NOTES SUR L’ELOGE

au tableau énergique , Résistant defixi , et Neronem intuentes , on neserait digne, nous osons le dire , d’apprécier ni Tacite ni Racine. Lesdeux vers du poète sont d'un courtisan raffiné de Louis XIV ; le passagede Tacite est d’un philosophe qui peint avec force des esclaves corrompuset penseurs , tels que l’étaient les courtisans de Néron. On m’accuserapeut-être de vouloir déprimer Racine ; ma réponse sera courte : Je lerelis sans cesse, je le sais par cœur, et je le regarde comme le plusparfait de nos poètes. Après cet aveu , il me sera permis d’ajouter,dussé-je être accusé d’une nouvelle hérésie , que dans la tragédie d’O-thon , très-inférieure à Britannicus , et même très-faible, je trouve en-core quelquefois les Romains, que je voudrais trouver davantage dans lapièce admirable de Racine.

J’ajouterai cependant, en finissant cette note , une autre réflexionsur le passage si vigoureux de Tacite, traduit si élégamment par Racinedans Britannicus , et j’observerai, pour l’excuse , et peut-être mêmepour l’honneur du poète, que s’il eût traduit à la lettre ce beau passagesans développer un peu plus le sentiment secret des courtisans de Néron,que Tacite n’a fait qu’indiquer, la plus grande partie des spectateursaurait pu ne pas entendre l’auteur , et que la beauté du tableau eût 1 étéperdue pour eux. On peut croire que Racine a très-bien fait de donnerà la pensée profonde de l’historien , l’étendue nécessaire pour êtresaisie par la multitude. Je me rappelle à cette occasion , qu’un philo-sophe ayant assisté à la première représentation de la tragédie de Romesauvée, de Voltaire, donnait en présence de l’auteur les plus grandséloges au beau récit que fait César du combat qui met fin à la conjura-tion ; il était enchanté surtout de la justice rendue par César à tous ceuxqui se sont signalés dans cette action ; mais il aurait désiré , ajoutait-il,que Voltaire eût retranché ce vers :

Permettez que César ne parle point de lui.

On aurait dû, selon ce philosophe , laisser au spectateur le mérite des’apercevoir de cette noble réticence, et d’en tenir compte au hérossans qu’il prît le soin d’en avertir. « Certainement, reprit Voltaire ,» j’aurais supprimé ce vers qui vous fait peine , si tous les spectateurs» vous ressemblaient ; mais la preuve que j’ai bien fait de le laisser, c’est» que vous êtes jusqu’ici le seul qui m’ayez fait cette objection. » Le phi-losophe fut frappé de la justesse et de la finesse de cette réponse , etconvint sans peine que Voltaire connaissait mieux que lui les effets de laperspective théâtrale.

En avouant que les pièces de Crébillon ont presque toutes un air deressemblance qui leur est commun, nous avons observé que les pièces deCorneille et celles de Voltaire, ont au contraire le rare mérite de ne pointse ressembler. Mais dans Voltaire, la différence des pièces semble tenirdavantage à la nature des sujets qu’il a traités, et dans Corneille , à la ma-nière dont il a traité les siens. Si la tragédie de Brulus , par exemple,n’a rien de commun avec celle de Zaïre , c’est parce que la scène deBrutus est A Rome, et celle de Zaïre à Jérusalem , et que l’auteur a su