DE CRÉBILLON. 577
faire parler des personnages si différens d’une manière conforme à leurcaractère, à leur nation et à leur siècle. Corneille , au contraire , a misplusieurs fois sur la scène la même nation , entre autres les Romains ;mais les pièces où il les fait agir et parler , n’en ont pas pour cela plusde ressemblance les unes aux autres. Les Romains d 'Horace ne sont pasceux de Cinna , ni les Romains de Cinna ceux de la Mort de Pompée ,parce qu’en effet les Romains n’étaient pas les memes à ces différentesépoques.
Le génie de Crébillon , voué, pour ainsi dire , au genre sombre etterrible, semblait y avoir été confiné et comme emprisonné par la nature.Voulait-il faire d’autres vers , même dé ceux qu’on se permet et qu’onse pardonne dans la société, il était au-dessous du médiocre ; en celabien différent de Voltaire , dont la muse a su se plier si heureusementaux tons les plus opposés. On peut juger par la chanson suivante , citéeapparemment comme la meilleure de Crébillon , du peu de talent qu'ilavait pour tout ce (fui n’était pas tragédie, même pour le madrigal, oùtant de Français ont réussi sans être de grands poètes.
Ta beauté toujours nouvelle,
Rend mon feu toujours nouveau ;
J’aimerai jusqu’au tombeauIVlon aimable tourterelle ;
Kt si l’âme est immortelle iNos amoursDureront toujours.
ÉLOGE DE MARIVAUX 1 .
Ija famille de Marivaux était originaire de Normandie, etavait donné plusieurs magistrats au parlement de cette province.Depuis, elle était descendue de la robe à la finance, et le pèrede Marivaux avait possédé quelque temps un emploi pécuniaire
■ Pierre-Carlet de Marivaux , né à Paris en 1688; reçu le 14 février 1^43,à la place de l’abbé Houtteville; mort le 12 février 1 " 63 .
Cet éloge est plus long que celui des Despréaux, des Massillon, des Bos-suet, et de plusieurs autres académiciens très-supérieurs k Marivaux. Le lec-teur en sera sans doute étonne, et l’auteur avoue lui-même qu’il en est unpeu honteux; mais il n’a pas le talent de faire cet article plus court. Les ou-vrages de Marivaux sont en si grand nombre, les nuances qui les distinguentsont si délicates, son caractère meme avait des traits si variés et si fugitifs ,qu’il paraît difficile de faire connaître en lni l’homme et l’auteur , sans avoirrecours à une analyse subtile et détaillée, qui semble exiger plus de dévelop-pemens , de détails, et par conséquent de paroles, que le portrait énergiqueet rapide d’un grand homme ou d’un grand écrivain.
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