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Tome troisième.
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5*8 ÉLOGE

à Riom en Auvergne. Le fils ne voulut être ni magistrat, nifinancier ; mais sans autre fortune et sans autre titre que sestalens , il a donné plus d’existence à son nom, que tous les fi-nanciers et les magistrats ses ancêtres.

L’histoire de ses premières études n’est pourtant ni longue,ni brillante (i) ; c’est au moins ce qu’ont prétendu certains cri-tiques , à la vérité bien mal disposés en sa faveur. Ils l’ont ac-cusé , très-injustement peut-être, mais avec toute l’expressiondu mépris, d’avoir ignoré le latin ; ils lui passent de n’avoir passu le grec, car les beaux esprits de nos jours , peu jaloux poureux-mêmes de ce mérite dont ils font peu de cas, ont l’indul-gente équité de ne pas l’exiger de leurs semblables. Pour re-cevoir aujourd’hui dans la république des lettres ce que Marivauxlui-même appelait en plaisantant les honneurs du doctorat , lespreuves sont très-faciles , et la fourrure (c’est encore le termedont il se servait) extrêmement légère. « Cette parure mince>• et peu durable , ajoutait-il, remplace maintenant, pour la» double commodité des prétentions et de la paresse, l’étoffe un» peu épaisse sans doute, mais riche et solide, dont se cou-» vraient de pied en cap nos laborieux devanciers. » Quoi qu’ilen soit, l’impossibilité où s’est trouvé Marivaux, si nous encroyons ses détracteurs , de se nourrir dès son enfance du laitpur et substantiel de la saine antiquité , est la cause fâcheuse àlaquelle ils attribuent cette étrange manière d’écrire, qui’lui amérité de si fréquens et de si justes reproches. Peut-être serait-il permis d’opposer à cette assertion , avec toute la modestie del'ignorance , l’exemple de tant de femmes, qui ne sachant nilatin ni grec , écrivent et s’expriment avec le naturel le plusaimable , et pourraient donner d’excellentes leçons de style etde goût à plus d’un orgueilleux et pesant littérateur. Mais nouspouvons d’ailleurs assurer que notre académicien, quand il au-rait su par cœur Cicéron et Virgile , n’aurait jamais regardé cesgrands maîtres comme les siens ; le genre d’esprit que la naturelui avait donné , ne lui permettait ni d’écrire , ni de pensercomme un autre, soit ancien , soit moderne. « J’aime mieux,

» disait-il quelquefois avec la naïveté de son caractère , et la» singularité de son style, être humblement assis sur le dernier» banc dans la petite troupe des auteurs originaux, qu’orgueil-» leusement placé à la première ligne dans le nombreux bétail» des singes littéraires. >• Cependant, quoiqu’il se piquât de nerien emprunter ni aux vivans ni aux morts, il faisait du moinsl’honneur à son siècle de le préférer à ceux d’Alexandre etd’Auguste, par cette raison singulière, mais, selon lui, très-phi-losophique, que chaque siècle devait ajoutera ses propres ri-