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Tome troisième.
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58.. ÉLOGE

sique ; qualité dangereuse, qui entraîne presque nécessairement,après elle ce redoutable ennui, si mortel aux ouvrages, et sifuneste aux auteurs (4).

La première pièce de Marivaux fut une entreprise et presqueune folie de jeune homme. A l’âge de dix-huit ans, il se trouvadans une société où l’on exaltait beaucoup le talent de faire descomédies. La conversation à laquelle il assistait, bornée sansdoute à d’insipides lieux communs sur les auteurs dramatiques,ne lui donna pas une idée fort effrayante du talent qu’il enten-dait louer avec un si froid enthousiasme; il osa dire que ce genred’ouvrage ne lui paraissait pas si difficile : on rit, et on le défiade le tenter. Peu de jours après , il apporta à cette société unelongue comédie en un acte , intitulée le Père prudent, qu’ilavait même écrite en vers (5), pour remplir plus complètementla gageure ; mais satisfait d’avoir répondu si lestement au défiqu’on avait osé lui faire, il se garda bien de donner sa comédieau théâtre, pour ne pas perdre en public, disait-il ,le pari qu’ilavait gagné en secret. Il fit mieux encore que de sacrifier cepremier enfant de sa plume , avec un courage presque héroïquedans un jeune écrivain ; il voulut essayer long-temps ses forcesdans le silence, avant de les exercer au grand jour (6) ; et bienéloigné de la présomption si souvent punie de tant d’avortonstragiques ou comiques, qui viennent naître et mourir au mêmeinstant sur la scène , Marivaux ne s’y montra qu’à trente-deuxans , près de quinze années après qu’il eut condamné à l’obscu-rité sa première comédie. Il est vrai qu’il parut au théâtre danstout l’appareil possible, car sa première pièce fut une tragédie,la Mort d’Annibal. Il y peignait avec intérêt le courage et lafierté d>e ce grand homme, encore redoutable aux Romains,même après avoir été vaincu , et bravant jusqu’au dernier soupirleur politique altière et insidieuse ; mais si dans cette peinturele dessin avait de la vérité , le mouvement et le coloris y man-quaient. Annibal.n’y était, pour ainsi dire , qu’un héros maladeet languissant, qui conservait encore au fond de son âme toutesa grandeur, mais à qui la force manquait pour l’exprimer ('])■Aussi l’auteur faisant lui-même, si l’on peut parler ainsi, sonexamen de conscience dramatique et poétique, reconnut que Jecaractère de son esprit, plus porté à la finesse qu’à la force, luiinterdisait la tragédie , et il suivit avec docilité ce sage conseilde la nature.

Il fit néanmoins encore une légère faute en ce genre , par sonéloge imprimé du Romulus de La Motte , qu’il mit sans façonau nombre des chefs-d’œuvre du théâtre. Cet éloge ressemblaità tant d’oraisons funèbres , où le panégyriste trouve danS le