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Tome troisième.
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DE MARIVAUX. 58i

héros délunt mille qualités dont le public ne se doutait pas (8).

Il cessa bientôt de louer des tragédies médiocres, comme il avaitcessé d’en faire, et se livra entièrement au genre comique.Accueilli souvent et long-temps sur les deux théâtres , ses succèsfurent encore plus brillans et plus soutenus sur la scène italienneque sur la scène française, et cette préférence eut plusieurscauses. Le public , jaloux sans doute de conserver au théâtrefrançais la supériorité que toute l’Europe lui accorde , juge avecrigueur tous ceux qui se présentent pour en soutenir la gloire ,tandis qu’il accueille , avec une indulgence quelquefois exces-sive, ceux qui se montrant à lui sur tout autre théâtre , ne luilaissent voir que le désir sans prétention de l’amuser un mo-ment. Cette indulgence peut même dégénérer, les exemplesen sont récens, en une faveur ridiculement prostituée au genrele plus vil, humiliante pour la nation aux yeux des étrangers ,et dont elle s’excuse auprès d’eux en rougissant, mais sans êtrecorrigée pour l’avenir (çj). Marivaux fut donc traité au théâtreitalien avec la même bienveillance que ses autres coufrères ,quoique l’auteur, incapable de changer de goût et de style, n’eûtpas l’intention de paraître , devant les spectateurs , plus en né-gligé sur la scène étrangère que sur la scène nationale ; mais ildut encore à une autre circonstance la continuité de ses succèsà ce spectacle. Il y trouva des acteurs plus propres à le seconderque les comédiens français ; soit que le génie souple et délié dela nation italienne la rendît plus capable de se prêter aux formesdélicates que la représentation de ses pièces paraissait exiger ;soit que des acteurs étrangers, moins faits à notre goût et ànotre langue, et par là moins confians dans leurs talens et dansleurs lumières , se montrassent plus dociles aux leçons de l’au-teur , et plus disposés à saisir dans leur jeu le caractère qu’ilavait voulu donner à leur rôle.

Parmi ces acteurs, Marivaux distinguait surtout la fameuseSylvia , dont il louait souvent, avec une espèce d’enthousiasme,le rare talent pour jouer ses pièces. Il est vrai cju’en faisantl’éloge de cette actrice , il faisait aussi le sien sans y penser ; caril avait contribué à la rendre aussi parfaite qu’elle l’était de-venue ; mais il est vrai aussi, et cette circonstance est peut-êtreà l’honneur de l’un et de l’autre , qu’il n’avait eu qu’une seuleleçon à lui donner. Peu content de la manière dont elle avaitrempli le premier rôle qu’il lui confia , mais prévoyant sansdoute avec quelle perfection elle pouvait s’en acquitter, il seht présenter chez elle par un ami , sans se faire connaître ; etapres avoir donné à l’actrice tous les éloges préliminaires que labienséance exigeait, il prit le rôle sans affectation, et en lut