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Tome troisième.
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5 Bs ÉLOGE

quelques endroits avec tout l’esprit et toutes les nuances qu’unécrivain tel que lui pouvait y désirer. Ah ! monsieur, s’écria-t-*elle, vous êtes l’auteur de la pièce ; dès ce moment elle devintau theatre Marivaux lui-même , et n’eut plus besoin de sesconseils.

Il n’en était pas ainsi de la célèbre Le Couvreur, qui jouaitdans les pièces de Marivaux au Théâtre-Français, des rôles dumeme genre que ceux de mademoiselle Sylvia au théâtre ita-lien. On a plusieurs fois ouï dire à l’auteur que, dans les pre-mières représentations , elle prenait assez bien l’esprit de cesrôles déliés et métaphysiques ; que les applaudisemens l’encou-rageaient à faire encore mieux s’il était possible ; et qu’à forcede mieux faire elle devenait précieuse et maniérée (10). On serasans doute un peu étonné d’apprendre que Marivaux, si éloignéde la simplicité dans ses comédies , la prêchât si rigoureusementà ses acteurs. Mais cette simplicité , du moins apparente , étaitplus nécessaire au jeu de ses pièces qu’on ne serait d’abord tentéde le croire. Presque toutes , comme on l’a dit , sont des sur-prises de l’Amour ; c’est-à-dire , la situation de deux personnesqui s’aimant et né s’en doutant pas , laissent échapper par tousleurs discours, ce sentiment ignoré d’eux seuls, mais très-visiblepour l’indifférent qui les observe. Il faut donc, comme le disaittrès-bien Marivaux lui-même, que les acteurs ne paraissent ja-mais sentir la valeur de ce qu’ils disent, et qu’en même tempsles spectateurs la sentent et la démêlent à travers l’espèce denuage dont l’auteur a dû envelopper leurs discours. « Mais,» disait-il, j’ai eu beau le répéter aux comédiens , la fureur de» montrer de l’esprit a été plus forte que mes très-humbles re-» montrances ; et ils ont mieux aimé commettre dans leur jeu» un contre-sens perpétuel, qui flattait leur amour-propre, que» de ne pas paraître entendre finesse à leur rôle. » Un seul ac-teur lui fit une objection pressante : « Je jouerai, lui dit-il, mon» rôle d’amant aussi bêtement qu’il vous conviendra; mais me» répondez-vous que le parterre, et peut-être la moitié des loges,n m’entendent ? Gardez-vous , et nous aussi, de supposer à nos» spectateurs une intelligence qu’ils n’ont pas ; nous leur fe-» rions un honneur dangereux pour nous , et peu flatteur pour» eux qui n’en sauraient rien. Eh bien ! lui dit Marivaux, con-» tinuons donc., pour être applaudis, vous de mal jouer, moi» de le souffrir; et pensons tous deux, mais sans nous en vanter,» comme cet orateur, qui se voyant applaudi par une multitude■> nombreuse , demanda s’il avait dit quelque sottise (i i).

Cette éternelle surprise de l’Amour, sujet unique des comé-dies de Marivaux, est la principale critique qu’il ait essuyée sur