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Tome troisième.
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DE MARIVAUX. * 58^

Marianne , à qui elle enfonce innocemment le poignard à forcede se montrer sensible pour elle. Il faut pourtant convenir queMarivaux, en voulant mettre dans ses tableaux populaires tropde vérité , s’est permis quelques détails ignobles, qui détonnentavec la finesse de ses autres dessins ; mais cette finesse, qu’onnous permette ici un terme de l’art, demande grâce pour sesbambochades ; et le peintre du cœur humain efface le peintredu peuple. Nous avouerons en même temps que les tableauxmême qu’il fait des passions, ont en général plus de délicatesseque d’énergie; que le sentiment, si l’on peut s’exprimer de lasorte, y est plutôt peint en miniature, qu’il ne l’est à grandstraits ; et que si Marivaux, comme l’a très-bien dit un écrivaincélèbre, connaissait tous les sentiers du cœur, il en ignorait lesgrandes routes. Pour exprimer la recherche minutieuse aveclaquelle l’auteur parcourt et décrit tous ces sentiers , une femmed’esprit employait, il n’y a pas long-temps, une comparaisoningénieuse, quoique familière. C’est un homme, disait-elle,qui se fatigue et qui me fatigue moi-même, en me faisant fairecent lieues avec lui sur une feuille de parquet. Mais il faut ob-server que si l’auteur fait tant de chemin dans ce petit espace,ce n’est pas précisément en repassant par la même route, c’esten traçant des lignes très-proches les unes des autres, et cepen-dant très-distinctes pour qui sait les démêler ; espèce de mériteque l’on peut comparer , si l’on veut, à celui de ces maîtresd’écriture, qui ont l’art d’enfermer un long discours dans uncercle fort étroit, et qui bornent leur talent à ne pouvoir êtrelus qu’avec la loupe ( 17 ).

Le défaut de naturel qu’on reproche à son style est plus frap-pant encore dans ses romans que dans ses pièces de théâtre ;malgré le penchant irrésistible qui l’entraînait vers cette manièred’écrire, il a senti qu’il devait s’y livrer avec plus de ménage-ment sur la scène, où il avait des spectateurs de tous les états,que dans ses romans , où il devait avoir des lecteurs plus choisis;il a bravé la censure du cabinet avec plus dé’courage que celledu théâtre; et, pour employer encore plus ses expressions, il avoulu, même dans la langue qu’il parlait, distinguer l’espritqui n’est bon qu’à être dit, d’avec celui qui n’est bon qu’à êtrelu. Mais un autre inconvénient de cet esprit et de ce style, c’estd’entraîner l’auteur dans une suite continue et fatigante de ré-flexions qui, tout ingénieuses qu’elles peuvent être , ralentissent1 action et refroidissent la marche. C’est ce qui a fait dire à unde ses critiques, dans un roman où il fait parler une taupe avecle style de Marivaux : Avançons , Taupe, mon amie; des faits ,et point de verbiage.