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Tome troisième.
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'<88 ÉLOGE

Ce défaut d’action néanmoins se fait plus supporter dans sesromans que dans ses pièces, parce que l’action , dans un roman ,u est pas exigée avec la même rigueur qu’au théâtre, parce quele plaisir du spectacle tient plus à l’intérêt et au moment, celuides romans à la réflexion et aux détails; parcequ’enfin la lecturenexige pas, comme le théâtre, une attention continue, qu’ellese quitte et se reprend comme on le veut, sans étude et sansfatigue ; que son principal mérite est de faire sentir et penser ,et qu’on ne peut refuser ce dernier éloge aux romans dont nousparlons (18).

Aussi prend-on assez de plaisir à cette lecture, pour regretterque ni Marianne, ni le Paysan parvenu, n’aient été achevéspar l’auteur. On a fort reproché à Marivaux cet excès de paresse;mais c’était tout au plus la paresse d’achever, et non pas deproduire : le grand nombre de ses ouvrages prouve que la né-gligence dont on l’accusait n’était pas chez lui , comme chezbeaucoup d’autres , l’excuse et le masque de l’impuissance. Cettenégligence prétendue tenait à une autre cause, au fond d’in-constance qu’il avait dans le caractère, et qui se répandant surson travail, le forçait à courir d’objets en objets. La vivacité deson esprit s’attachait promptement à tout ce qui se présentait àelle ; sa manière de voir lui faisait choisir dans chaque sujet lecôté piquant, et sa facilité d’écrire lui fournissait le moyen dele peindre ; dès lors l’objet ancien qui l’avait occupé était sacrifiésans regret à l’objet nouveau.

Quelques malheureux écrivains qui se sont chargés, sansqu’on les en priât, de finir les romans de Marivaux, ont eu,dans cette entreprise, un succès digne de leurs talens. Nous nedevons pourtant pas confondre avec eux madame Riccobom,qui, par une espèce de plaisanterie et de gageure , a essayé decontinuer Marianne en imitant le style de l’auteur. On ne sau-rait porter plus loin la vérité de l’imitation ; mais madame Ric-coboni s’est contentée avec raison de ce léger essai de son talenten ce genre ; elle a trop à gagner en restant ce qu’elle est, pourse revêtir d’un autre personnage que le sien. Avant elle , l’au-teur d’un autre roman, comme nous l’avons dit, avait déjàcontrefait le style de Marivaux , et si parfaitement, que l’auteurlui-même en fut la dupe. Il crnt, car personne n’était plus aiséà tromper, qu’on avait voulu rendre hommage à sa manièred’écrire; il eut bientôt le malheur d’être désabusé , et ne par-donna pas à son critique cette double injure, ou plutôt il nel’oublia jamais , car il était sans fiel, mais non pas sans mémoire.

Nous terminerions ici le détail de ses écrits , si nous n’avions■encore un mot à dire de son Spectateur, celui de ses ouvrages