5go . ÉLOGE
on répond aux critiques dont Marivaux était l’objet, comme lepourraient faire les apologistes zélés d’une jolie femme , que sesrivales chercheraient à déprimer ; on convient de ses défauts ,mais on soutient qu’ils lui vont à merveille, et qu’il n’en est queplus aimable (ig).
Notre académicien ne rendait pas aux étrangers ses panégy-ristes les éloges qu’il recevait d’eux. Il préférait sans hésiter nosécrivains à ceux de toutes les nations, tant anciennes que mo-dernes ; et l’anglomanie , si reprochée à quelques littérateurs denos jours , n’était assurément pas son défaut. Il ne prodiguaitpas même les éloges aux auteurs français, quoique supérieurs ,selon lui, à tous les autres , et souvent il n’hésitait pas à se dé-clarer librement, quoique sans amertume, contre les noms lesplus révérés dans la littérature. Il avait le malheur de ne pas es-timer beaucoup Molière, et le malheur plus grand de ne pass’en cacher. Il ne craignait pas même, quand on le mettait àson aise sur cet article, d’avouer naïvement qu’il ne se croyaitpas inférieur à ce grand peintre de la nature (20). Il prétendait,par exemple, que le dévot M. de Climal, dont il a en effet sibien tracé le patelinage dans le roman de Marianne, était uncaractère beaucoup plus fin que le Tartufe. On peut dire , nonpour sa justification , mais pour son excuse , que La Bruyère au-rait peut-être été de son avis ; car on sait que dans ses Caractèresil censure le Tartufe de Molière comme un personnage qui luiparaît grossier, et dont il efface successivement tous les traitspour en substituer d’autres qu’il croit plus délicats et plus fins.Nous ajouterons que M. de Climal est un Tartufe de cour, unhypocrite de bonne compagnie, mais en même temps d’une hy-pocrisie trop déliée pour être mise sur le théâtre et saisie par lafoule des spectateurs. Molière avait senti qu’il fallait exposer auxyeux du public assemblé, un hypocrite plus franc, plus décou-vert , un Tartufe bourgeois, dont Jes traits forts et prononcésji’en seraient que plus plaisans pour la multitude. Le Tartufe deMarianne est peut-être un meilleur Tartufe de roman; maiscelui de Molière est à coup sûr un meilleur Tartufe de co-médie (21).
Malgré le succès de plusieurs de ses ouvrages, Marivaux futadmis assez tard dans l’Académie Française. Jamais il n’avaitsongé à briguer cette faveur, peut-être même à la désirer; cen’est pas qu’il n’eût sous les yeux , et que la voix publique ne luiindiquât, comme il l’observait lui-même, l’exemple encourageantde plusieurs académiciens, dont l’adoption plus qu’indulgente,c’était son expression, aurait pu du moins faire excuser la sienne.
•< Ces parvenus de la littérature , disait-il, mieux pourvus d’a-