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Tome troisième.
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5ip ÉLOdE

peut s’exprimer de la sorte , qu’une vapeur imperceptible. Soncaractère n’était guère moins singulier que ses écrits.' L’hommeoffrait en lui, comme l’auteur, des qualités et des défauts, maisdes qualités aimables, et des défauts légèrement répréhensibles.

Plus il croyait être naturel et sans recherche, moins il par-donnait aux autres de ne pas l’être. Un jour il alla voir unhomme de qui il avait reçu beaucoup de lettres qui étaient à peuprès dans son style , et qui, comme on le croit bien, lui avaientparu très-ingénieuses; ne le trouvant pas, il prit le parti del’attendre. 11 aperçut par hasard sur le bureau de cet homme,les brouillons des lettres qu’il en avait reçues, et qu’il croyaitécrites au courant de la plume. « Voilà , dit-il, des brouillons>> qui lui font grand tort : il fera désormais des minutes de ses» lettres pour qui il voudra, mais il ne recevra plus des miennes. »11 sortit à l’instant, et ne revint plus.

Il devint amoureux d’une jeune personne qu’il voulait épouser,et chez laquelle il entra un jour sans qu’elle s’en aperçût; il lavit devant son miroir , occupée à étudier son visage et à se donnerdes grâces; dès ce moment son amour s’éteignit, et il ne songeaplus à elle.

Sa conversation, semblable, comme nous l’avons dit, à sesouvrages, paraissait, dans les premiers momens, amusante parsa singularité; niais bientôt elle devenait fatigante par sa mo-notonie métaphysique, et par ses expressions peu naturelles ; etsi l’on aimait à le voir quelquefois , on ne désirait pas de le voirlong-temps, quoique la douceur de son commerce et l’aménitéde ses mœurs fissent aimer et estimer sa personne. Par une suitede ce caractère doux et honnête , il ne laissait jamais voir dansla société cette distraction qui blesse toujours quand elle ne faitpas rire ; il semblait même prêter à ceux qui lui parlaient, uneespèce d’attention; mais en paraissant attentif, il écoutait peuce qu’on lui disait ; il épiait seulement ce qu’on voulait dire, ety trouvait souvent une finesse dont ceux même qui lui parlaient,ne se doutaient pas. Aussi toutes les sociétés lui étaient-elles àpeu près égales, parce qu’il savait en tirer le même avantagepour son amusement; les gens d’esprit le mettaient en action , etlui faisaient prendre librement tout son essor. Se trouvait-il avecdes sots, il faisait effort pour les faire accoucher , comme le di-sait Socrate , et ne s’apercevant pas qu’il leur prêtait sou esprit,il leur savait gré de ses pensées , comme si elles eussent été lesleurs ; aussi n’y avait-il proprement pour lui ni gens d’esprit, msots. On prétend même que s’il avait été tenté d’accorder quelquepréférence , les sots auraient pu avoir cet honneur , parce quela conversation avec eux lui ayant conté davantage, il en sortait