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plus content de lui , et par conséquent d’eux. Peut-êtré aussiétait-il coupable de cette préférence par un autre motif pluspuissant et plus secret : les sots , trop flattés d’être comptés parlui pour quelque chose, lui prodiguaient des hommages qui luiplaisaient beaucoup , de quelque part qu’ils vinssent, et dont lesgens d’esprit lui paraissaient plus avares. Nous avons connu plusd’un homme célèbre qui avait la même faiblesse et les mêmesmotifs. La vanité humaine, dit quelque part Marivaux lui-même, n’est pas difficile à nourrir, et se repaît des alimcns lesplus grossiers comme des plus délicats ; il en était la preuve.
Sensible , et même ombrageux dans la société, sur les discoursqui pouvaient avoir rapport à lui, il avait souvent le malheur dene pouvoir cacher cette disposition, aussi importune pour luique pour les autres ; il la décelait quelquefois au point d’êtrevivement blessé de ce qu’on n’avait pas dit. Un homme qui avaitreçu de lui des marques d’amitié , étonné de la froideur qu’iléprouva de sa part en plusieurs occasions; lui demanda la caused’un changement qu’il né croyait pas avoir mérité. « Il y a un» an , répondit Marivaux, que vous avez parlé en ma présence» à l’oreille de quelqu’un ; j’ai vu que vous parliez de moi, et.« ce n’était sûrement pas pour en dire du bien , car vous ne» l’auriez pas dit à l’oreille. » Son ami l’assura qu’il n’avaitpoint du tout été l’objet de ce peu de mots, qip l’affligeaientmal à propos et depuis si long-temps. Marivaux le crut, l’em-brassa, et lui rendit en même temps son amitié, car il étaitaussi prompt à revenir qu’à s’offenser ; mais ce retour ne le cor-rigeait guère, et n’empêchait pas qu’à la première occasion, ilne laissât voir un nouveau mécontentement, aussi mal fondéque le premier. Il oubliait trop souvent, pour son bonheur, unede ses maximes favorites : Qu’il faut avoir assez d'amour-proprepour n’en pas trop laisser paraître.
Dans une société d’amis où il se trouvait souvent, il se servitd’une expression qui les étonna eux-mêmes par sa singularité,tout accoutumés qu’ils étaient à son langage. Messieurs, dit lephilosophe Fontenelle qui était présent, il faut passer les ex-pressions singulières à M. de Marivaux , ou renoncer à soncommerce. Il parut mécontent de cette espèce d’apologie ; le phi-losophe s’en aperçut : M. de Marivaux, lui dit-il, ne vous pres-sez pas de vous fâcher quand je parlerai de vous.
Fontenelle avait pour lui un goût et une estime dont on avoulu trouver la source dans une ressemblance prétendue entrele genre d’esprit de ces deux écrivains, qui sont néanmoins biendifferens. Fontenelle affecte quelquefois la familiarité dans l’ex-pression des idées les plus nobles; Marivaux, la singularité dans