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celle des idées les plus communes : le premier rend la finessemême avec simplicité ; le second la naïveté même avec affecta-tion : Fontenelle ne dit souvent que la moitié de sa pensée, enayant soin de faire entendre le reste; Marivaux dit toute lasienne , en détaille même jusqu’aux moindres faces , et on pour-rait dire avec quelques uns de ses censeurs, qu’il ne quitte pasune plirase qu’il ne l’ait gâtée, si sa première façon de la diren’était pas, pour l’ordinaire, aussi peu naturelle que les autres :le premier peint la nature humaine en philosophe ; le second,les individus en observateur. Marivaux enfin a des momens desensibilité, et par cela seul, serait très-différent de Fontenelle ,dont la philosophie, comme on l’a dit avec raison, est utile auxhommes, sans intérêt pour eux. Certainement le philosophen’eût jamais trouvé ce mot si sensible de Marianne, qui, dé-laissée dans la rue, sans ressource, sans asile, n’inspirant plusni intérêt ni pitié même à qui que ce soit au inonde, voit passerune foule d’inconnus, dont le plus malheureux lui paraît digned’envie. Hélas ! s’écrie-t-elle , quelqu’un les attend ! Du reste,on ne trouvera dans le style de ces deux écrivains, ni cette cha-leur dont on parle tant et qu’on sent si peu , ni cette fraîcheurde coloris , le refrain éternel et ridicule de nos auteurs à préten-tions. La touche , quelquefois trop peu soignée dans Fontenelle,est, dans Marivaux , peinée et tourmentée ; mais du moins lesdéfauts qu’on leur reproche à tous deux, ont, dans l’un et dansl’autre , une sorte de grâce qui tient à leur caractère, et quipartout ailleurs ne serait que caricature et grimace. Leur ma-nière d’écrire est comme ces plantes étrangères et délicates, quine pouvant vivre tout au plus que dans le sol oh elles sont nées,s’altèrent et se flétrissent en passant de ce sol dans un autre (?- 4 ).
L’ainour-propre de Marivaux, quelque chatouilleux qu’ilfût, n’était ni injuste ni indocile. Il a exprimé, d’une manièrebien vraie et bien naïve, sa soumission pour le public, à l’occa-sion d’une de ses pièces qui avait pour titre , l’Jsle de la raison,ou les Petits Hommes , et qui fut traitée par le parterre avec larigueur la plus inexorable. L’idée de cette pièce était très-sin-gulière ; c’étaient des hommes qui devenaient fictivement plusgrands à mesure qu’ils devenaient plus raisonnables , et qui serapetissaient fictivement aussi quand ils faisaient ou disaientquelque sottise. L’auteur n’avait, disait-il , excepté de cettemétamorphose que les poètes et les philosophes, c’est-à-dire,selon lui, les deux espèces les plus incorrigibles , et , par cetteraison , les plus immuables dans leur forme. Cette idée , exécu-tée avec tout l’esprit que Marivaux pouvait y mettre, avait eule plus grand succès dans les sociétés particulières où il avait lu