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Tome troisième.
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5g8 ÉLOGE

des auteurs, n’y faisaient que trop de fortune. Ce n’est pasqu’il en eût souffert personnellement, car les tragédies seulessont honorées de ce genre de critique ; et lorsque Marivauxdonna son Anmbal , on ne s’était point encore avisé de ce dé-testable genre , qui outrage le bon goût en paraissant le venger;mais il regardait avec raison les parodies comme propres à dé-courager les talens naissans , à contrister les talens reconnus,et à jeter sur le genre noble une espèce d’avilissement, toujoursdangereux chez une nation frivole , qui pardonne, oublie etsacrifie tout, pourvu qu’on l’amuse ( 29 ).

Marivaux répétait avec plaisir le mot, aussi juste que plai-sant, de La Motte sur cette misérable espèce d’ouvrage. «Un» parodiste., disait-il , qui se donne fièrement pour l’inventeur» de sa farce , ressemble à un fripon qui, ayant dérobé la robe» d’un magistrat , croirait l’avoir bien acquise en y cousant» quelques lambeaux de l’habit d’arlequin, et qui appuierait« son droit sur le rire qu’exciterait sa mascarade. »

Un homme qui prétendait aimer Marivaux, un de ces hommesqui, par air, caressent le mérite, et sont ravis en secret de levoir humilié, lui reprochait quelquefois sa sensibilité excessiveà la critique. Vous devriez , lui disait-il, être de marbre pources mis'eres. Cet ami si modéré , et si philosophe pour supporterles maux d’autrui r se vit, peu de temps après , pour quelquesottise qu’il fit, le sujet d’une mauvaise épigramme. Sa philoso-phie n’y tint pas, et il s’exhala devant Marivaux en injures contrele satirique : Ah! dit Marivaux, voilà donc l’homme de marbre!

Avec une fortune très-bornée, et que beaucoup d’autres au-raient appelée indigence , il se dépouillait de tout en faveur desmalheureux. Le spectacle de ceux qui souffraient lui était sipénible, que rien ne lui coûtait pour les soulager ; il pratiquaitla véritable bienfaisance, celle qui sait se priver elle-même pouravoir le plaisir de s’exercer. Un infortuné qui se trouvait réduità la plus grande misère , mais qui n’osait la laisser voir au de-hors , parce qu’il redoutait encore moins l’indigence que le mé-pris dont elle est payée , vint un jour demander à Marivaux dessecours dont il ne paraissait pas avoir besoin. Il fut reçu très-froidement, refusé même, et alla se plaindre de cet accueil àceux qui l’y avaient exposé en lui donnant de fausses et cruellesespérances. Ils devinèrent la cause du refus; et ce même homme,mieux'conseillé par eux, alla retrouver, quelques jours après,Marivaux avec tout l’extérieur de la misère. Le philosophe hu-main et sensible lui marqua pour lors tout l’intérêt qu’il seplaignait de n’avoir pas éprouvé dans sa première visite, et luiprodigua tous les secours dont il était capable.