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<-eüe liberté de Marivaux avec ses amis n’était pas en luiI effet de 1 orgueil , qui ne se sent obligé qu’à regret, mais deI estime réelle dont il était pénétré pour eux. Il avait le cœur sipeu fait pour l’ingratitude , qu’il croyait même impossible d’êtreingrat, du moins au tribunal de son propre cœur. « Les ingrats” ont beau faire , dit-il dans un de ses ouvrages , leur conscience» ne saurait être ingrate de concert avec eux ; elle a des replis» où les reproches que nous méritons se conservent ; et quelque>> bonne contenance que nous fassions contre elle au dehors ,•* elle sait bien faire justice au dedans. »
(Quoique très-éloigné d’afficher la dévotion , il l’était encoreplus de l’incrédulité. « La religion, disait-il , est la ressource» du malheureux , quelquefois même celle du philosophe ; n’en-» levons pas à la pauvre espèce humaine cette consolation , que» la Providence divine lui a ménagée. » Il tournait en ridiculeces prétendus mécréans, qui ont beau faire, ajoutait-il assezplaisamment, pour s’étourdir sur l’autre monde, et qui finirontpar être, sauvés malgré eux. C’est ce qu’il dit un jour en proprestermes à quelqu’un de ces esprits forts; et l’esprit fort fut très-blessé , comme on peut le croire , de l’assurance qu’on lui don-nait de son salut. Dans une autre circonstance , où il entendaitencore quelqu’un d’eux parler avec beaucoup d’irrévérence denos mystères, et avec beaucoup de crédulité de revenans etd’autres sottises semblables : On voit bien , lui dit-il, que si vousnotes pas bon chrétien , ce n’est pas faute de foi.
Mais en sachant respecter ce que sa raison ne comprenait pas ,il n’avait pas non plus assez de confiance en ses lumières, pourvouloir expliquer ce qu’il ne pouvait concevoir; et si sa philo-sophie , pour ainsi dire , littéraire , était très-subtile, sa philo-sophie religieuse était très-simple et très-modeste. On lui de-mandait un jour ce que c’est que l’àme ? « Je sais , répondit-il,» qu’elle est spirituelle et immortelle, et n’en sais rien de« plus (3i). Il faudra , lui dit-on, le demander à Fontenelle :» Il a trop d’esprit, répliqua-t-il, pour en savoir là-dessus» plus que moi. »
L’hypocrisie et le faux zèle , sj communs et si révoltans denos jours , ne trouvaient guère plus de grâce à ses yeux, quel’impiété scandaleuse et affichée. Un prédicateur de son temps ,dont la déclamation fougueuse s’appelait de l’éloquence , maisqui démentait par une conduite très-peu décente , et des propostrès-peu religieux , la doctrine respectable qu’il osait annoncersans la croire , prêchait un jour , sur la foi et sur les bonnesœuvres , un sermon renommé parmi quelques dévotes , et au-quel Marivaux fut invité d’assister : Rien ne manque à ce beau