DF. MARIVAUX. <io.
discours, dit-il en sortant de l’Eglise, que la foi et les bonnesœuvres du prédicateur. Il n’avait pas meilleure opinion dela croyance d’un e'erivain connu, qui venait d’imprimer ungros livre sur la vérité de la religion chrétienne , avec les in-jures ordinaires contre les mécréans : « Je souhaite , lui dit» Marivaux, que les incrédules soient convaincus; il ne vous'» reste plus qu’à l’être vous-même, et c’est une grâce que je» vais demander à Dieu pour vous. «
Il mourut le 12 février 1 ^ 63 , après une assez longue,maladie,dans laquelle il vit ten philosophe le dépérissement de la machine,et attendit avec la confiance de l’homme de bien , une vie meil-leure que celle qu’il allait quitter sans regret. Il avait été mariéavec une personne aimable et vertueuse, et fut long-temps in-consolable du malheur qu’il eut de la perdre. Il fut enfin assezheureux pour trouver, long-temps après , un autre objet d’at-tachement, qui,' sans avoir la vivacité de l’amour, remplit sesdernières années de douceur et de paix. Marivaux , qui, dans sajeunesse , avait senti vivement les passions, réduit, dans lavieillesse, au calme de l’amitié, n’affectait point sur cet état unefausse philosophie ; il sentait tout ce que l’âge lui avait fait perdre;il ne cherchait point, comme tant de faux sages, à s’exagérerle bonheur du repos, il en jouissait seulement comme d’une res-source que la nature laisse à nos derniers jours pour adoucir lasolitude de notre âme.
En renonçant avec regret à un sentiment plus vif et plustendre, il n’avait pu renoncer à la société de cette partie dugenre humain qui nous inspire ce sentiment dans la jeunesse ,et qui, dans le déclin de l’âge, nous offre le dédommagementde la douceur et de la confiance, de ce sexe enfin sans lequel ,comme l’a dit une femme aussi spirituelle que sensible, le com-mencement de notre vie serait privé de secours, le milieu deplaisir , et la fin de consolation. C’est surtout lorsque le tempsdes passions est fini pour nous , que nous avons besoin de la so-ciété d’une femme complaisante et douce , qui partage noschagrins, qui calme ou tempère nos douleurs, qui supportenos défauts. Heureux qui peut trouver une telle amie ! plusheureux qui peut la conserver et n’a pas le malheur de lui sur-vivre !