NOTES SUR L’ÉLOGE
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NOTÉS.
(1) INous avons sur la première jeunesse de notre académicien deuxleçons tres-opposees. Selon l’une, il brilla beaucoup dans ses études,il annonça de bonne heure, par des progrès rapides, la finesse d’espritqui lui était propre, et qui caractérise ses ouvrages. Voilà ce qu’on litdans un éloge historique de notre académicien, imprimé à la tète dulivre qui a pour titre : Esprit de Marivaux. Et dans une espèce desatire du même écrivain, imprimée ailleurs sous le titre d’ Eloge, onlit au contraire: Marivaux, à ce qu'on peut juger , n’avait point fait
(Cetudes, on peut même soupçonner qu’il n en avait fait aucunes .
If ignorance où il était des bonnes sources... lui fit nécessairement com-mettre beaucoup de fautes. Si nous avions à choisir entre ces deux le-çons , nous ajouterions foi plus volontiers à la première, dont l’auteurparaît avoir connu particulièrement Marivaux, et doit avoir su de luiplus exactement les détails de sa jeunesse. Nous conviendrons pour-tant que jamais Marivaux, dans sa conversation, ne citait les anciens,comme il arrive presque nécessairement à tous les gens de lettres quise sont nourris de cette excellente lecture ; mais il ne citait guère plusles modernes, dont cependaut les bons ouvrages ne lui étaient pasinconnus; il aimait, disait-il, à parler d après lui, bien ou mal, et nonpas Æaprès les autres.
Quoi qu’il en soit de l’ignorance réelle ou prétendue qu’on lui re-proche, il ne serait pas le premier homme de lettres estimable quin’aurait pas su le latin. Sans parler de Racan, un de nos bons poètesdans le temps où ils étaient si rares, de Coursault, auteur d’Esope àla cour, et de plusieurs autres écrivains, Valentin Conrart, premiersecrétaire de l’Académie Française, n’avait point fait d’études; c’estce que nous apprend un passage curieux de 1 ’ Histoire de l’Académie,par l’abbé d’Olivet, qu’on 11e soupçonnera pas d’avoir attaché troppeu de prix à la connaissance des langues anciennes. « Quoique» M. Conrart, dit-il, ne sût ni latin ni grec, tous ces hommes célèbres,» les premiers membres de l’Académie Française , l’avaient choisi pour» le confident de leurs études, pour le centre de leur commerce, pour» l’arbitre de leur goût. A la vérité, il possédait l’italien et l’espagnol ;» mais enfin, puisqu’il n’avait pas la moindre teinture de ce qu’on» appelle langues savantes, avouons , pour encourager les honnêtes» gens qui lui ressemblent, que sans ce secours un esprit naturelle-» ment délicat et juste peut aller loin. Je ne sais même si M. Conrart.,» ne voulant être ni théologien ni jurisconsulte, n’eut pas assez de sa» langue toute seule pour arriver au double but que nous nous pro-» posons dans nos travaux littéraires, éclairer notre raison, orner» notre esprit. Rarement la multiplicité des langues nous dédom-» mage de ce qu’elle nous coûte. Homère, Démosthène, Socrate lui-» même, 11e savaient que la langue de leur nourrice. Un jeune Grec» employait à l’élude des choses ces précieuses années qu’un jeune