6o6 NOTES SUR L’ÉLOGE
» peut-être même que dans les transports d’admiration qu’ils ont pour» le divin Homère, l’auteur de cette parodie burlesque, et son esprit« impie, retourneraient au néant, si leurs imprécations pouvaient au-» tant que pouvait jadis le courroux des fées; mais heureusement pour» moi, les dévots du divin Homère n’ont pour moyen de vengeance,w contre la profanation de sa divinité, qu’un ressentiment dont l’effet» ne passera pas l’expression.
» N’est-il pas étrange que l’impunité suive des crimes pareils au» mien ! Mais par bonheur pour les adversaires de cette religion in-» fortunée, ils ne périclitent ni dans ce monde, ni dans l’autre. Ho-» mère, tu t’es acquis un culte, souvent aussi scrupuleusement observé» que le vrai ; mais si le mépris de ce culte est sans vengeance, tu n’es» donc qu’un homme? Parlez, adorateurs! est-ce un blasphème que» de le penser et de l’écrire ? »
Ce qui suit, veut dire en substance qu’Homère pouvait être ungéant pour son siècle barbare, mais n’est qu’un pigmée pour le nôtre.
« bcrait-il seulement raisonnable, je ne dis pas de mépriser, mais» de comparer nos richesses au petit gain de celles que possédaient les» temps d’Homère? Par ses ouvrages, ils ont eu droit d’être frappés» de leurs richesses ; mais elles ne sont à présent qu’une légère portion» des nôtres; encore a-t-il fallu se donner bien de la peine pour les» mettre en état de s’en servir. Mais brisons là-dessus. Ce serait trop•» de crimes à la fois, qu’une préface qui apprécierait Homère à sa« juste valeur, et un livre qui démasquerait ses héros. »
Ces assertions peu réfléchies de Marivaux, ces parodies insipides,ces écarts, en un mot, de sa jeunesse, ont été, qu’on nous permettecette expression, la partie honteuse de sa vie ; il était digne d<j se faireconnaître d’une manière plus avantageuse qu’en travestissant des pro-ductions immortelles, et Marianne a fait oublier le Télémaque etl 'Homère travestis.
(4) Destiné, soit par la nature, soit au moins par son goût, à fairedes romans et des Comédies, Marivaux, qui avait débuté de très-bonne heure dans l’une et l’autre carrière, les suivit en même tempstoutes les deux presque jusqu’à la fin de sa vie, donnant successive-ment au public, tantôt une partie de roman, tantôt un ouvrage dethéâtre. Comme toutes ses comédies sont à peu près du même genre,qu’il en est aussi à peu près de même de ses romans, et qu’en mêmetemps nous croyons voir entre ses romans et ses comédies, des diffé-rences assez sensibles, les réflexions que nous avons à faire sur cesdoubles productions de notre académicien, seront, à plusieurségards, applicables, les premières à toutes ses comédies, les secondesà tous ses romans; mais pour mettre dans ces réflexions plus de pré-cision et de clarté , autant du moins que nous en sommes capables,nous avons cru devoir, pour ainsi dire, décomposer les talens deMarivaux, considérer séparément en lui d’abord l’auteur dramatique,ensuite l’auteur de romans, et marquer le caractère général de sesouvrages en ces deux genres, l’espèce de mérite qui les distingue, etles défauts qui leur sont propres. Puisse la justice et la vérité que nous