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Tome troisième.
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DE MARIVAUX. 607

avons tâché de ne point perdre de vue dans cet examen, suppléer à lafinesse que Marivaux a su répandre dans ses productions, et que nousne nous piquons pas d’imiter !

(5) La prose, disait souvent Marivaux, est le vrai langage de lacomédie. Un ami et partisan de La Motte n’avait garde de penser au-trement ; et c’est en effet ainsi qu’il a écrit toutes ses pièces comiques,à l’exception du Père prudent, son coup d’essai, soit que dans ce coupd’essai son amour-propre voulut montrer tout ce que son esprit sa-vait faire, soit qu’il n’eût point encore, sur cet objet, de systèmearrêté. Son peu de goût pour la poésie, dont il ne se cachait guère,tenait d’une part à sa communauté de principes avec La Motte etFontenelle; et de l’autre, au peu dé talent qu’il se sentait, quoiqu’iln’en convînt pas, pour ce genre d’écrire. Après cela, on ne sera pasétonné qu’il ait proscrit la versification de ses pièces de théâtre ; il auraitmis Annibal même en prose , s’il l’avait osé. Des auteurs qui ont brillésur la scène comique, et dont presque toutes les comédies sont envers, n’étaient pas éloignés de penser comme Marivaux sur les comé-dies en prose. ( Voyez l’article de Boissy. )

(6) La comédie du Père prudent ne doit être regardée que commela tentative d’un talent naissant, dont la philosophie et le goût aimentà voir les premiers efforts pour en oberver la marche et les progrès.En effet, on aperçoit déjà dans cette pièce, quoique faiblement, ceque Marivaux promettait d’être, et ce qu’il a été depuis. On y voit àla fois et les motifs d’encouragement, et les objets de critique qu’unami d’un goût sûr y aurait trouvés; c’est une espèce de chrysalide,si nous pouvons parler ainsi, où des yeux exercés peuvent démêler aumicroscope le germe de ses talens et de ses défauts ; et peut-être con-clura-t-on de cet examen, qu’il 11 ’eût pas été impossible à des censeurssévères, s’il eût été assez heureux pour les trouver, de rendre vrai-ment utile aux lettres le talent dont il donnait déjà des marques, etde mettre ce talent dans toute sa valeur, en épurant, pour ainsi dire,le genre d’esprit que l’auteur avait en partage, et en le sauvant desécarts où l’abus de cet esprit devait l’entraîner. 11 y a lieu de croireque la docilité pour leurs leçons n’aurait pas manqué au jeune écri-vain, si l’on en juge par le peu de cas qu’il parut faire lui-même deson coup d’essai, malgré le succès qu’il avait eu dans les sociétés, etla tendresse si naturelle et si pardonnable d’uu auteur novice pourses premières productions.

( 7 ) Le sujet de la Mort d’ Annibal , en prêtant beaucoup à l’éléva-tion des idées, présentait, dans le grand Corneille, un dangereuxobjet de comparaison. Marivaux osa presque lutter contre ce grandhomme, et quelques scènes de cette pièce ne parurent pas tout-à-faitindignes du parallèle. Cette tragédie néanmoins eut peu de succès,parce qu’il faut au théâtre de l’intérêt et du mouvement, et que lapièce en avait peu. La faiblessse du coloris et du style contribuaitencore à cette langueur. Cependant quoique l’ouvrage n’eût pas at-