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Tome troisième.
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(io« NOTES SUR 1/ÉLOGE

tiré la foule, une partie du moins des spectateurs l'accueillit avecbienveillance ; et déjà ces suffrages bénévoles, qui offrent si souventaux auteurs une tentation bien propre à les faire succomber, encou-rageaient Marivaux à courir encore la carrière tragique ; mais pluséclairé par son peu de succès qu’aveuglé par les éloges , il s’apprécialui-même plus sévèrement encore que n’avait fait l’iudulgence oul’estime de ses juges, et n’eut garde de faire, en ce genre, un nouvelessai de ses forces. Non-seulement il se rendait justice sur la vigueurtragique dont il était dépourvu, mais quelque peu favorable qu’il fûtà la poésie, il ne pouvait se dissimuler la nécessité d’écrire la tragé-die en vers, pour ne pas courir, disait-il, même injustement, lerisque d’une chute humiliante ; et il se sentait peu de talent pour laversification noble, élégante et harmonieuse, si nécessaire à ce genred’ouvrage, quand l’auteur joint à l’ambition d’être applaudi authéâtre, celle de l’être encore à la lecture, et de jouir, après une exis-tence brillante et passagère, d’une existence solide et durable.

(8) En renonçant au théâtre tragique, et en le jugeant trop au-dessus de ses forces, Marivaux conserva du moins ce sentiment hon-nête et assez peu commun chez les poètes, d’applaudir au succès d’unautre dans un genre auquel il s’était condamné lui-même à renoncer.11 est vrai qu’il ne choisit pas fort heureusement l’objet de son culte;mais nous ne voulons louer ici que sa candeur et non pas son goût.La Motte, son ancien et dangereux ami, avait donné, peu de tempsaprès les représentations d 'Annibal, sa tragédie de Romulus , ouvragefaible d’intérêt, de conduite et de style; mais l’auteur avait tâché,suivant ses moyens, d’y mettre une énergie et une élévation de senti-mens qui donna aux spectateurs un moment d’illusion, et qu 'Anniballeur avait montrée avec un succès moins heureux. Marivaux , séduitpeut-être uniquement par l’amitié, car nous devons l’excuser autantqu’il est en nous, entreprit l’éloge de cette pièce, et la défense del’auteur contre les critiques que son triomphe, bien ou mal mérité,lui attirait de toutes parts ; c’était déjà beaucoup pour une productionqui, malgré la vogue passagère qu’elle obtint dans sa nouveauté, estaujourd’hui presque entièrement tombée dans l’oubli : mais il osaplus encore ; il eut le courage maladroit de hasarder une comparaisonassez avantageuse de Romulus avec les pièces de Corneille et de Ra-cine. Certainement l’illusion, soit du goût, soit de l’amitié, ne pouvaitaller plus loin. Aussi l’éloge fit-il à la pièce plus de mal encore queses critiques; les auditeurs même qui avaient un moment applaudil’ouvrage, trouvèrent que le faiseur d’éloges, en voulant motiverleur estime, avait de beaucoup passé ses pouvoirs. Il fut presqueaccusé d’avoir voulu se moquer de celui qu’il célébrait, en lui don-nant, entre deux héros du théâtre tragique, une place que scs parti-sans même étaient bien éloignés de lui accorder. Le public prononçasi énergiquement son désaveu sur ce point, que si les louanges deMarivaux eussent été données à Romulus dans le fort de son succès,peut-être ce succès en aurait-il souffert, tant il est utile de répéteraux écrivains avides de gloire, et à leurs trop zélés prôneurs, ces vers