fiie NOTES SUR L’ÉLOGE
Il est iln autre genre dont on a tenté quelques essais, et qui pour-rait encore réussir à ces mêmes spectacles; nous voulons parler despièces ou l’on a essayé de mettre en action les faits historiques,comme le François II du président Hénault. Ces sortes d’ouvrages,représentés encore sur les petits théâtres, instruiraient le peuple desévénemens les plus intéressa ns de notre histoire, et, par les différensexemples qu’on lui mettrait sous les yeux, entretiendraient en luil’amour de la vertu, l’horreur du crime, le dévouement pour la pa-trie, et l’honneur national. On pourrait, dans la même vue et avec lemême succès, composer et faire jouer de pareilles pièces dans les col -léges, pour l’instruction et pour l’éducation morale de la jeunesse.Ce genre d’exercice serait bien préférable aux mauvaises tragédiesdont on chargeait autrefois la mémoire des enfans, et même auxbonnes tragédies estropiées et mutilées , qu’on leur faisait apprendreou représenter.
(10) Marivaux, qui avait fort connu mademoiselle Le Couvreur,racontait d’elle un trait singulier. Accoutumée à jouer sur le théâtreles rôles de princesse , elle en avait tellement pris l’habitude, qu’elleen portait souvent dans la société le ton et les manières. Et ce n’est pasla seule personne de sa profession à qui l’on ait reproché ce ridicule.Elle passait un jour avec Marivaux devant la porte d’une commu-nauté religieuse, où elle avait reçu la première éducation, et se tour-nant vers cette porte, elle se mit à pleurer : « Qu’avez-vous donc,« lui dit Marivaux? Hélas! répondit-elle, je pleure d’avoir si mal» suivi les principes que j’ai reçus dans cette maison. Mademoiselle,» lui dit-il, je ne puis que respecter vos pleurs; mais choisissez donc» ou d’être la plus grande princesse du monde, ou la personne du» monde la plus raisonnable. »
(11) L’acteur dont nous avons rapporté les paroles, justifiuit assezbien auprès de Marivaux sa manière de jouer; ce ne sont pas en effetdes métaphysiciens subtils, mais des auditeurs pour la plupart très-ordinaires, qui remplissent le spectacle, et qui n’y viennent que pourrire ou pleurer, sans apprêt comme sans étude. Le Misanthropepensa être sifflé dans la critique du sonnet, parce que le parterre avaiteu la bêtise d’en applaudir les vers, et l’auteur l’imprudence de nepas le prévenir que les vers étaient mauvais. Molière se repentit delui avoir supposé tant d’intelligence , et Marivaux eut raison de lais-ser les acteurs jouer à leur fantaisie, sinon de la manière qui conve-nait le mieux à ses pièces, au moins de celle qu’ils jugeaient le plusprofitable pour lui et pour eux. « Il se pourrait bien en effet, disait-„ il, que cette simplicité de jeu pour laquelle je réclame, réellementh meilleure pour l’ouvrage, fût réellement aussi plus mauvaise pour» le pauvre auteur. » On a reproché à plusieurs comédiens de tropjouer pour 1 « parterre; peut-être ce qu’ils faisaient par défaut d’intel-ligence, était-il plus utile qu’on ne croyait au succès des acteurs et dela pièce.
(ia) U est surprenant que Marivaux, donnant, pour ainsi dire,