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moins dans les longues scènes; mais l’auteur, qui apparemment asenti cet inconvénient, y a remédié de son mieux par un dialoguetrès-coupé, et par des scènes aussi courtes que chaque situation peutle permettre.
04) Le premier roman que donna Marivaux avait pour titre :Pharsamon , ou les nouvelles Folies romanesques ; il se proposait d’i-miter Don-Quichotte ; mais il ne fut guère plus heureux à imiter,qu’il ne l’avait été à travestir. Il parut fort au-dessous de son modèle,qui lui-même, malgré son rare mérite, aurait peut-être assez de peine,s’il n’était ancien, à nous intéresser aujourd’hui, parce que le genrede folie qu’il attaque n’existe plus, et que d’autres ridicules ont suc-cédé à celui du héros de la Manche, devenu suranné pour nous. Il ya aussi dans cet ouvrage un Cliton, qui est au Sancho espagnol ceque Pharsamon est à Don-Quichotte. Ce Cliton, dans le roman deMarivaux, parle à peu près la même langue que les valets de sescomédies; il a, comme Sancho , de l’esprit et même de la gaieté;mais l’esprit et la gaieté de Sancho sont d'un homme du peuple; et sises idées ne sont pas nobles , si son langage est familier , il ne tombejamais ni dans le précieux ni daus le bas. Cliton est tantôt une ma-nière de métaphysicien qui n’a de valet que l’habit, tantôt un per-sonnage ignoble qui n’a de propos que ceux de la plus ■ÿile populace.
(i5) Les deux principaux romans de Marivaux, auxquels même ildoit presqûe entièrement la réputation dont il a joui, sont Marianne,et le Paysan parvenu ; ouvrages où l’esprit avec des fautes, et l’inté-rêt avec des écarts, valent encore mieux que la froide sagesse et lamédiocrité raisonnable. C’est l’éloge qu’on peut leur donner, avecquelques restrictions sans doute, mais pourtant avec justice.
De ces deux romans, Marianne est celui qui a la première place ,au moins pour le plus grand nombre des lecteurs, parce qu’ils ytrouvent plus de finesse et d’intérêt; cependant le Paysan parvenu aaussi ses partisans parle but moral que l’auteur s’y propose, et parune sorte de gaîté qu’il a tâché d’y répandre.
Marianne est une jeune personne d’une naissance illustre, mais-quiignore le sang dont elle est sortie, et qui privée, dès sa première jeu-nesse, de ses parons qu’elle ne connaît pas, successivement recueilliepar différens bienfaiteurs, ayant essuyé la dureté des uns et la com-passion avilissante des autÆs, tourmentée surtout par un amour quila rend malheureuse, éprouve enlin , après bien des traverses et deslarmes, qu’il reste encore sur la terre de l’honnêteté, de la bienfaisanceet de la vertu.
Dans le Paysan parvenu, dont le litre montre assez le sujet, l’objetprincipal de l’auteur, comme il le dit lui-même, a été de faire sentirle ridicule de ceux qui rougissent d’une naissance obscure, et quicherchent a la cacher. « Cet artifice , dit-il , ne réussit presque jamais ;* on a beau sc déguiser la vérité là-dessus, clic se venge tôt ou tard» des mensonges dont on a voulu la couvrir, et jamais je ne vis en pa-« rcillc matière de vanité qui fît une bonne fin. » Marivaux avait la