M 'SOTES SCR L'ÉLOGE
prétention , ali moins très-louable, de faire trouver dans ses romansdes lecûiis semblables, et d’y être un auteur moral ; car quoiqu’il paraisse n’avoir été occupé que d’y mettre de l’esprit, il désirait d’être utileencore plus que de plaire. « Te serais peu flatté, disait-il, d’entendre>> dire que je suis un bel esprit; mais si on m’apprenait que mes écrits» eussent corrigé quelques vices , ou seulement quelques vicieux , je" serais vraiment sensible à cet éloge. »
(16) Ce tableau si intéressant de la vertu noble et fière au milieu dumalheur et de l’indigence, fait d’autant plus d’honneur à Marivaux,que dans cette peinture il a tracé le portrait de son âme, et expriméce que lui-même avait plus d’une fois senti. Par une suite de cettefierté, il dédaignait défaire sa cour à ceux qui auraient pu contri-buer à l’enrichir, et qui même auraient mis de la vanité à lui êtreutiles. Sa vie privée était uniforme et simple, bornéeà la société d’untrès-petit nombre d’amis, et presque obscure par le peu d’empresse-ment qu’il avait de se répandre. Aussi se piquait-il de la plus grandeindifférence sur sa fortune; et le peu d’aisance ou il a vécu n’a que tropprouvé combien il disait vrai. Nous avons même de lui à ce sujetune lettre intéressante, où il peint d’une manière aimable, quoiquetoujours avec son style, son indolence et son incurie philosophique.
« Oui, moi cher ami, dit-il, je suis paresseux, et je jouis de ce» bien-là en dépit de la fortune, qui n’a pu me l’enlever, et qui m’a» réduit à très-peu de chose sur tout le reste; et ce qui est fort plai-» sant, ce qui prouve combien la paresse est raisonnable, c’est que je» n’aurais rien perdu des autres biens, si des gens qu’on appelait» sages ne m’avaient pas fait cesser un instant d’être paresseux. Je» n’avais qu’à rester comme j’étais... et ce que j’avais m’appartien-» drait encore... Mais, moitié honte de paraître un sot en ne faisant» rien, moitié bêtise d’adolescence , et adhérence de petit garçon au» conseil de ces gens sensés... je les laissais disposer, vendre pour» acheter, et ils me menaient comme ils voulaient... Ah! saintea paresse!.salutaire indolence! si vous étiez restées mes gouvernantes,» je n’aurais pas vraisemblablement écrit tant de néants plus ou» nroins spirituels; mais j’aurais eu plus de jours heureux , que je» n’ai eu d’iustans supportables. »
(17) Un autre reproche qu’on peut faiiÿ à Marivaux , dans ses ro-mans , c’est de s’y être permis de trop longs épisodes ; celui de lu reli-gieuse , dans Marianne , occupe lui seul plus d’un volume, et il dis-trait trop le lecteur de l’objet principal. Si j’osais hasarder ici monopinion dans un genre où je me sens peu digne de juger, il me sembleque les épisodes dans les romans sont faits pour impatienter le lec-teur , au moins si j’en juge par le sentiment qu’ils ine font éprouver.On les permet, on les autorise même dans les poèmes épiques, parceque l’objet de ces ouvrages est encore moins d’exciter un grand et vifintérêt, que d’attacher le lecteur par la richesse des détails. Aussi 11’ya-t-il pas un poëmc épique dont on interrompe sans peine la lectureOù l’on voudra, sans être trop pressé de la reprendre; mais mal-