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Tome troisième.
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DE MARIVAUX. 6i5

heur à tout romau que le lecteur n’est pas pressé d’achever. Quel plai-sir peut-on donc espérer de lui voir prendre aux épisodes, dont pres-que tous nos romans sont surchargés? fécondité malheureuse, quiveut jouer l’imagination, mais qui n’indique qu’une stérilité véritable,,et l’impuissance de soutenir long-temps uil grand intérêt réuni sur unseul objet. « Quand je rencontre un de ces épisodes, disait un phi-» sophe, je suis tenté de déchirer le feuillet ; sauter l’épisode est plus têt» fait encore, et je n’y manque jamais. Eh! mon Dieu, dis-je tout bas» à l’auteur, si vous avez de quoi faire deux romans , faites-en deux ,

» et ne les mêlez pas pour les gâter l’un et l’autre. »

(18) Le théâtre demande du mouvement et de l’action, et les piècesde Marivaux n’en ont pas assez. La comédie est un spectacle nationalet populaire, et les pièces de Marivaux sont d’un genre peu propre àla multitude. Dans ses romans, les peintures sont, à la vérité, plusiines encore que dans ses comédies , mais on a le temps de les envi-sager plus à son aise ; les tableaux d’ailleurs sont plus variés, et parconséquent réveillent davantage. Telle est, à notre avis, la raison dela préférence que les romans de Marivaux ont obtenue sur ses comé-dies. Ces romans néanmoins, outre les défauts que nous y avons re-connus, ont encore celui de n’étre achevés ni l’un ni l’autre; défautqui doit diminuer beaucoup le plaisir qu’on peut prendre à cette lec-ture , ou dégoûter du moins d’en faire une seconde; et malheur à toutroman qu’on n’est pas tenté de relire!

(ig) Les Anglais font surtout beaucoup de cas du Spectateur de Ma-rivaux, qui, d’après l’idée que nous en avons donnée, doit être en effetpour eux la plus intéressante de ses productions. On assure qu’ils met-tent ce livre à côté de La Bruyère ; il nous sera permis de ne pas pensercomme eux, et de croire sans vanité que nous sommes sur ce pointdes juges plus compétens. Us ne placent pas de même Marivaux surla ligne des écrivains qu’ils ont eus dans le même genre; d’abordparce qu’un Anglais préfère rarement d’autres écrivains à ceux de sanation, et ensuite, par une raison à laquelle toutes les nations doiventsouscrire, parla supériorité réelle et bien reconnue des Pope, desAdisson et des Steele, auxquels le Spectateur anglais est redevable deson succès et de sa renommée. A cette restriction près, ils sont si fa-vorables à Marivaux, qu'ils nous reprochent de n’avoir pas pour luiassez d’estime.

(no) Nous avons dit dans l’éloge de Destonchcs, que Dufresny avaitaussi le même travers que Marivaux , d’estimer peu le créateur denotre théâtre comique. C’était peut-être par cette raison que notreacadémicien, si avare d’éloges pour Molière, en donnait volontiersà Dufresny , le seul de ses contemporains que nous lui ayons entendulouer. Nous avouerons cependant pour l’honneur de l’un et de l’autre,que Marivaux pouvait fonder sur d’autres motifs beaucoup plus jus-tes, le cas qu’il faisait de cet écrivain; l’originalité piquante de Du-fresuy était auprès de son panégyriste une assez bonne recomman-