616 NOTES SUR L’ÉLOGE
dation ; peut-être croyait-il y trouver un exemple et une apologie dastyle dont on l’accusait lui-même; peut-être se flattait-il, sans trople laisser voir, que ses contemporains, si prompts à le censurer, luirendraient enfin la même justice qu’ils rendaient à Dufresny depuisqu’il n’existait plus. Mais il y avait entre l’originalité de l’un et cellede l’autre, cette prodigieuse différence, que l’originalité de Dufresnyest plus dans les choses, et celle de Marivaux dans le langage; ladiction singulière du premier est toujours la peinture naïve d’uneidée singulière, et par cette raison paraît naturelle, quoiqu’originale ;le style du second ne fait souvent qu’exprimer d’une manière pré-cieuse des choses ordinaires , qui ne méritaient pas tant de frais.
Corneille et Montaigne étaient, après Dufresny, les seuls auteurs queMarivaux daignait louer quelquefois ; et Montaigne encore plus queCorneille, par cette seule raison, que la manière d’écrire de Mon-taigne était plus à lui, moins faite pour tenter le peuple imitateur >et plus faite par conséquent pour plaire à un écrivain qui se piquaitlui-même de ne ressembler à personne.
(21) Une différence essentielle entre le Tartufe de Molière et celuide Marivaux, c’est que le dernier se repent, à la mort, d’avoir voulucorrompre sa pupille. Ce rôle de Climal est un des meilleurs de l’ou-vrage. Marivaux lui fait parler successivement, et avec la plus grandevérité, le langage apprêté et mielleux de la fausse dévotion, lorsqu’iln’est qu’hypocrite et séducteur, et le langage touchant et vrai delàcontrition, lorsqu’il est repentant. Ce dernier morceau, qui estcomme la confession de Climal, est écrit avec beaucoup de naturel;en général Marivaux l’est presque toujours lorsqu’il veut peindre desobjets intéressans. Marianne, toutes les fois qu’elle parle sentiment,s’exprime d’une manière aussi simple que touchante. Elle ne quitte cestyle que lorsqu’elle s’abandonne aux réflexions si prodiguées dans sonhistoire, et que l’auteur, dans la préface de ce roman, a essayé dejustifier, comme la ressemblance de ses pièces. Mais il a beau dire,dans un roman comme dans une histoire, les longues réflexions im-patientent et glacent le lecteur. On les aime chez Tacite, parcequ’elles sont courtes , énergiques, renfermant un grand sens en peude paroles, et incoiporées avec les faits ; presque partout ailleurs ellesennuient; et de plus, chez Marivaux, elles fatiguent, parce qu’ellesjoignent à l’ennui de la longueur l’affectation du style.
(22) Lorsque l’Académie adopta Marivaux, on trouva surtout très-mauvais, et sur ce point seul on était juste, que les portes decette compagnie fussent ouvertes à l’auteur de Marianne et à'Anni-hal, dans le temps qu’elles étaient fermées à celui de la JJenriade etde Za’ire. On avait très-grande raison de se récrier contre cette pré-férence incompréhensible; il était en effet bien étrange de n’avoir pasmis encore le plus célèbre écrivain de nos jours à une place où le pu-blic s’étonnait depuis trente ans de ne le pas voir, et nos prédéces-seurs ont trop fait durer ce scandale, que nous ne saurions tropavouer et trop réparer. Mais on avait tort d’ailleurs de reprocher amc-