<'>■« NOTES SUR L’ÉLOGE
l'utile enjolivé de l'honnête. A peine peut-od entrevoir dans ce jargonbizarre ie sens que prétendait y attacher l’auteur; à peine devine^t-onqu’il a voulu définir le sentiment de l’amour , lorsque ce sentiment estcommandé par la vertu , qui permet à la^iature de s’y livrer, et d’engoûter la douceur et les charmes. Un de nos plus illustres écrivainsa donné, de l’amour, dans le style même de Marivaux, une détini-tiou plus vraie et plus vivement sentie : Cest , dit-il, Vêtoffe de la na-ture , que l’imagination a brodée.
Fonteneile, dans la dernière édition qu’il donna de ses ouvrages ,lit imprimer cinq ou six comédies dans ce genre si décrié par les uns,si protégé parles autres, qu’on appelle tragique bourgeois , ou co-,nique larmoyant ; il mit à la tête une préface très-ingénieuse , et même,selon plus d’un critique, assez solidement ingénieuse , qui contientune apologie pour le moins très-line de ce genre inconnu à Molièreet à nos meilleurs auteurs comiques. Dans cette préface, il parleavec éloge de La Ch aussée et de Destouches, qui s’étaient 1e plus dis-tingués dans cette carrière nouvelle ; il oublia Marivaux, et ne se lepardonnait pas. On eut beau lui dire, pour le consoler, que l’omis-sion était pour le moins bien excusable, puisque le genre de Mari-vaux était différent de celui dont cette préface était l’apologie :« N’importe, répondit-il , je ne me consolerai jamais d’avoir manqué» cette occasion de lui témoigner toute mon estime. » Il était d’au-tant plus affligé de cette omission très-involontaire, qu’il n’osa jamaisen parler à son ami. « Je lui connais, disait-il, une sensibilité dont)> la délicatesse va jusqu’à la défiance, et je craindrais d’augmenter» encore à ses yeux, par mon excuse, la faute que je suis déjà si» fâché d’avoir commise. »
(a5) L’auteurdes Petits Hommes, en reconnaissant que sa pièce avaitdû ennuyer les spectateurs, ne s’exécuta pas , à la vérité, aussi Fran-chement que La Fontaine , qui s’était le premier ennuyé à la sienne,et qui l’avait dit bonnement à ses voisins ; mais notre académicien ,en avouant que la principale cause de son ennui avait été l’humiliationde son amour-propre, prouvait au moins , par la naïveté de cet aveu,qu’il se soumettait à l’arrêt prononcé contre lui, et que son derniermot était de n’en pas appeler. Soumis et docile à la critique quandelle lui paraissait juste, il la méprisait souverainement quand il lacroyait déraisonnable ; cependant il ne laissait voir son mépris que parle silence, et ne faisait jamais d’autre réponse. Le seul désir de la paixl’aurait d’ailleurs engagé à se taire : J'aime mon repos , disait-il, et neveux point troubler celui des autres. Mais si la douceur de son carac-tère lui défendait de se vetlgér , la sensibilité de son amour-propre nelui permettait pas d’oublier.
(■ 26 ) Marivaux ajoutait encore une raison bonne ou mauvaise eufaveur de l’intolérance religieuse dans les vrais croyans : « Je l’excuse,» disait-il, quoique sans l’approuver, parce qu’il s’agit là du plus» grand intérêt de l’espèce humaine. L’intolérance littéraire n’est pas» dans ce cas-là, et je voudrais bien qu’elle fût plus accommodante. »