I 1 K MARIVAUX. l>i<)
Aussi assure-t-elle toujours qu’elle ne demande pas mieux que de l’être.Klle ne paraît, si on l’en croit, tenir fortement à son avis, que parcequ’on veut la contraindre à y renoncer, et elle laisserait en paix celui(les autres, si on daignait faire la même grâce au sien ; telle est, danstoutes les querelles littéraires, le langage ordinaire et réciproque despartis opposés qui s’égorgent mutuellement pour leurs opinions, enassurant qu’ils se bornent à demander grâce pour elles.
(27) Notre académicien était presque aussi révolté des éloges qu’onlui donnait, lorsque ces éloges paraissaient ridicules, qu’il aurait pul’être d’une épigramme ou d’une satire. Il trouva mauvais que I au-teur du Mercure l’eût appelé Téophraste moderne, en louant un de sesécrits sur les mœurs et le caractère des Français; dans la lettre qu’ilécrivit là-dessus à ce journaliste, on a de la peine à démêler si sonmécontentement venait de ce que la louange lui paraissait trop forte,ou simplement déplacée par le peu de justese et d’équité qu’il croyaitvoir dans ce parallèle. Ce qui pourrait faire soupçonner dans ses ré-clamations un peu de vanité secrète, c’est que dans la lettre dontnous parlons, il se moque un peu des anciens ; c’est une vieille et mau-vaise habitude dont il avait peine à se défaire.
(28) Si Marivaux a jamais montré du fiel et même de l’injustice , c’aété contre un seul homme , et par malheur pour lui, contre le plusillustre écrivain de nos jours. 11 ne pardonnait pas à ce grand hommed’avoir lancé un trait contre lui dans un de ses vers ; il s’en souvenaitavec amertume , et ne parlait jamais de sang-froid de son détracteur;il n’entendait pas même de sang-froid les éloges qu’on en faisait quel-quefois en sa présence, et que le public est si sujet à répéter. 11 estvrai que le trait dont il avait à se plaindre était piquant, fait pourêtre retenu par tous les lecteurs, et à plus forte raison pour n’êtrc pasoublié par celui qui en était l’objet et la victime : pardonnons à i’a-tnour-propre humilié d’être injuste à son tour pour ceux qui l’hu-milient ; mettons-nous un instant à sa place, et souvenons-nous desmomens de notre vie où notre vanité , excitée par le même motif, etnon moins pressée de sa vengeance , n'a été ni plus éclairée ni pluséquitable.
Avouons cependant que si Voltaire, peut-être par une tentation depoète, qui ne méprise pas toujours celui dont il paraît se moquer,s’était permis sur Marivaux un vers plaisant et satirique, il lui avaitrendu en prose une justice plus sérieuse , plus détaillée , et apparem-ment plus sincère.
« Je serais fâché , dit-il dans une de ses lettres, en parlant de Ma-» rivaux , de compter parmi mes ennemis un homme de son carac-« tere, et dont j'estime l’esprit et la probité. 11 a surtout dans ses" ouvrages un caractère de philosophie , d’humanité et d'indépen-» dance, dans lequel j’ai retrouvé avec plaisir mes propres sentimens.» Il est vrai que je lui souhaite quelquefois un style moins recherché« et des sujets plus nobles ; mais je suis bien loin de l’avoir voulu dc-» signer en piA'lnnt des Comédies métaphysiques. Je n'entends par ce